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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/647

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Valérie à sa sœur Fanny.

Mardi soir, 31 janvier.

Chère Fanny, vous savez peut-être déjà par les journaux que le Prince est heureusement arrivé à Philadelphie fort bien portant. Mlle de Beauharnais, qui l’a appris par le ministre de la Marine, vient de l’écrire à la Reine, qui est bien heureuse. Je me hâte de vous communiquer cette bonne nouvelle… Donne-la vite à la princesse Eugénie de ma part. J’avais promis de la lui écrire.


Laure à Fanny.

Strasbourg, 5 février.

Tu as appris par la lettre que je t’ai adressée pour Valérie le brusque renvoi de notre bon général Voirol. Dans toutes les bouches, ce n’est qu’un cri d’étonnement et de regret, à quelque nuance d’opinion que l’on appartienne. Le général est un de ces caractères rares que tout le monde admire. Tant de bravoure et de bonté, un cœur si noble, plein de loyauté et de franchise lui ont gagné l’affection de tous. Aussi, on s’indigne de la mesure incroyable prise contre lui et dont il est amèrement et profondément blessé. Quelque fort que l’on soit de sa conscience, l’injustice révolte un cœur droit. Je l’éprouve cruellement depuis quelques mois. Le général n’a ni amour-propre, ni vénalité ; ce n’est ni l’autorité ni les émolumens de son commandement qu’il regrette, mais l’affront est sanglant, et il a été vivement senti. On s’épuise en conjectures, toute la ville est en émoi, et cette malheureuse affaire est de nouveau le sujet de toutes les conversations. Tous nos amis, quand tu les verras, te diront qu’il y avait de quoi troubler une plus forte tête que la mienne. Notre nom vole de bouche en bouche. C’est nous, dit-on, qui avons compromis le bon général. Ce sont nos relations avec ce maudit Arenenberg, et surtout l’extravagante apparition de Valérie ici, sa visite au général, qui a été fort blâmé de l’avoir reçue. — Ce que j’aurai toute la vie de la peine à m’expliquer, c’est que son amour pour la duchesse et pour le Prince, l’emporte sur tout. Enfin, c’est ainsi ! — Il y a onze officiers du 4e d’artillerie renvoyés, dix-neuf sous-officiers. Le général Nègre est arrivé ici pour faire des épurations et des