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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/595

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en les aidant du 75. Nous avons bien payé notre dette de reconnaissance ! Ce détail paraît de peu de valeur : c’est cependant la seule fois qu’une troupe amie nous ait spontanément offert quelque chose d’agréable : aussi cela m’a-t-il frappé.

A Athienville, nous avons pu faire un brin de toilette, laver nos mouchoirs et chaussettes, manger chaud, écrire et surtout, surtout, dormir huit heures sans arrêt, dans du bon foin ! Le lendemain, nous étions reposés… et nous recevions le premier Bulletin des armées de la République.


… Ici, je tombai malade et, pendant plusieurs jours, je pus me rendre compte des qualités et aussi des défauts du service de santé, mais je passe sur cet épisode de ma vie de campagne, beaucoup moins intéressant que ceux que j’aurais pu raconter si j’étais resté au front. Sitôt que j’y fus revenu, après avoir été voir les « copains, » je me mis à la recherche de mon équipement et de mon sac d’homme-monté que j’eus la chance de retrouver ; grâce à un adroit « fauchage, » je pus compléter mon paquetage d’autant plus facilement que j’avais rapporté un peu de linge et un tricot d’hiver, qui me rendit, plus tard, de grands services.

Le soir, j’allai à la batterie me présenter au capitaine, en même temps que les hommes de « soupe, » tous montés. La route était dangereuse, mais, cette fois, les Allemands faisaient trêve, — pour un instant, on va le voir. Aux pièces, chaleureuse réception des servans et des sous-officiers qui, pour m’encourager probablement, me félicitèrent d’être venu les trouver dans un vrai guêpier… Les hommes de corvée étaient pressés de s’en retourner, et moi aussi, car les histoires qu’on venait de me raconter m’avaient fait passer dans le dos un petit frisson, je l’avoue… Nous allions prudemment, à cause des sentinelles, et infiniment désireux de rencontrer en route la ronde d’officiers qu’on nous avait signalés le matin comme espions. Si on les avait trouvés, quel beau coup de filet, car nous étions en force ! mais… personne sur la route, sauf un convoi de munitions qui nous empêchait de marcher et que nous dépassâmes à la charge, en agitant nos gamelles et nos bouteillons pour exciter les chevaux !

Rentré sans accroc, je me prépare à passer la nuit sur place avec deux « poilus : » le fossé, au bord de la route était assez