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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/592

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s’endormir sur les sacoches, habitude nouvelle pour nous, mais qui ne nous quitta plus guère ; on dormait d’ailleurs, dès qu’on avait le loisir de le faire, cinq minutes, un quart d’heure, quelquefois plus ; le moindre arrêt suffisait pour cela. Aussi le démarrage était-il curieux à voir !

Enfin, tandis que des projecteurs, à tout coin de l’horizon, fouillaient le ciel pour y découvrir les dirigeables, nous arrivâmes à Athienville à une heure et demie. On jugea inutile de faire le cantonnement, car on n’avait qu’une demi-heure devant soi, dont nous profitâmes pour faire la cuisine et nous sécher autour de grands feux. Dieu ! quelle fatigue ! À 2 heures et demie, nous voilà de nouveau en route vers la position de batterie où nous devions être installés à 3 heures et demie.

Nous reprenons les mêmes places ; les observateurs en haut de la petite colline boisée et nous derrière notre talus. Mais, impossible de se coucher, la terre était trop humide ! Heureusement qu’au jour, ce fut vite sec ; le sommeil nous prit et nous garda jusque vers 8 heures. C’est à peu près à ce moment que la canonnade recommença, toujours sans effet, quoique mieux réglée sur notre gauche. Mais, voilà que le capitaine aperçoit les canons ennemis… Ah ! ce n’a pas été long ! « Par 4 ! Tir progressif ! Fauchez double ! » Et le 75 commence à chanter ! Les fantassins étaient fous de joie… Ces Allemands-là ne tirèrent plus de la journée. Le lendemain, nous apprîmes que leur batterie avait été complètement détruite ; le contraire nous eût étonnés !

Mais d’autres batteries tiraient sur nous pendant que, ironie des choses ! les cloches sonnaient à toute volée pour la fête du 15 août. Un maudit aéro repéra la position de nos avant-trains et trois « gros noirs » (ils étaient déjà baptisés) leur tombèrent dessus ; un avant-train sauta et nous eûmes des pertes. Quant aux chevaux, il y en avait bien vingt-cinq par terre dans les deux batteries. Courte débandade ; plusieurs essayèrent d’arrêter les chevaux affolés ; enfin, le sang-froid de la majorité des brigadiers et du chef fit le reste ; avec des chevaux de l’échelon, les attelages furent vite reconstitués.

Cet accident nous servit de leçon et, depuis, les avant-trains furent toujours ramenés suffisamment à l’arrière et bien à l’abri.

Nous sommes restés toute la journée sous l’influence de ce