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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/587

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chevaux à la corde, et allons nous coucher dans une grange, à une heure du matin.

Vendredi, 7 août, réveil à 3 heures ; on attelle et… cela recommence comme les autres jours : l’ordre de mouvement n’arrivait pas, nous devions nous tenir prêts. Plus tard, pour reposer les chevaux, on se tint prêts, les bêtes déharnachées ; mais, à ce moment-là, on exagérait. Mon père aurait dit qu’on faisait du zèle…

Nous restâmes à Seichans jusqu’au 12 août. Très peu d’eau dans ce pays ; l’abreuvoir était difficile à faire pour tant de chevaux, et on essaya successivement plusieurs endroits. C’est en allant ainsi dans les villages voisins que nous avons, pour la première fois, rencontré les divers élémens qui nous soutenaient. Pour nous remettre un peu au point, le commandant nous fit faire plusieurs jours de suite des exercices de batteries attelées… La batterie attelée est la plaie de l’artillerie ; tout le monde en a peur !…

Nous avons aussi fait là notre premier apprentissage de la vie en campagne, en commençant à construire des abris contre le soleil : c’était rudimentaire et combien éloigné de la perfection que nous atteignîmes dans la suite ! Une précaution, généralement prise, fut la coupe des cheveux à ras ; tout le monde y vint, et c’était amusant de voir sous ce nouvel aspect, genre tête de veau, notre élégant lieutenant, toujours tiré à quatre épingles.

C’est encore à Seichans que nous vîmes les premiers obus, bien lointains, puisqu’ils étaient tirés sur un aéro français en reconnaissance de l’autre côté de la frontière. Nous avions d’abord cru que les nôtres bombardaient un zeppelin. Ce même jour (samedi 8), le commandant nous lut le deuxième ordre du jour de l’armée, pour la prise de commandement du général Joffre.

Puis, les éclaireurs commencèrent leur glorieux « métier ! » Le 9, reconnaissance très rapide jusqu’à la frontière pour repérer trois ou quatre emplacemens de batterie ; toujours au grand trot et au galop sur les crêtes. Je me rappellerai toujours le lieutenant qui nous orientait à travers le pays. « Il se peut, nous disait-il, que nous soyons inquiétés par des cavaliers ennemis, auquel cas on fonce dedans ! » Et nous tirâmes légèrement le sabre du fourreau, nous assurant que le revolver