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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/578

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gloire antérieure reculera dans l’ombre, non pas oubliée, mais désormais inutile. Nous aurons le secret de l’âme qui fait de la gloire, le secret de l’héroïsme. Il se peut que ce soit celui de la sainteté. Les deux se distinguent par des circonstances secondaires, non par leur principe intérieur, en dernière analyse toujours un acte de foi, par leur commune genèse psychologique.

La philosophie nouvelle sera celle de l’expérience par l’âme tout entière. L’intelligence est un merveilleux instrument de cognition : le jeu de l’âme tout entière la dépasse. La lumière de l’une se répand en surface, celle de l’autre en profondeur. Nous aurons la philosophie de la vie, et, comme la vie est action, ce sera la philosophie de l’action.

On peut entrevoir qu’elle ne sera pas une doctrine, arrêtée dans ses contours, définitive et close, mais une direction générale, un large esprit où se rencontreront des hommes venus de points très éloignés, nourris dans des disciplines diverses. Ils jugeront que l’important n’est pas de penser, mais de vivre : la pensée ne se justifie que si elle insère sa fin particulière sur une fin plus générale qui est la vie. Ils auront la passion de la vie haute, estimant que par cette pointe se marque le vrai progrès de la pensée humaine. Le caractère essentiel de cette philosophie sera sa grande force d’apaisement, une belle vertu d’amitié, bienfait inestimable pour la France de demain.

Philosophie de l’expérience, de la vie, de l’action, conséquemment de l’optimisme. Terminons sur ce mot. Ce qu’il signifie est tout en ce moment. Celui-là sera le vainqueur dont l’optimisme durera un quart d’heure de plus que celui de l’autre. Puisque l’optimisme naît de l’action et par elle s’entretient, agissons. Que ceux, à qui l’âge et la maladie ôtent la force des bras, affirment sans cesse leur optimisme : il y a un devoir à remplir par la pensée, la parole, l’attitude. Chacun de nous doit être un petit foyer rayonnant. De ces rayonnemens individuels se forme et se compose le grand foyer de confiance collective où s’engendre la victoire elle-même.

Douter d’elle serait une trahison envers ceux qui sont tombés pour nous la donner. L’optimisme est la forme immédiate de piété que nous devons à nos morts, le plus touchant hommage que nous puissions leur rendre, le seul qu’ils attendent de nous en ce moment.