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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/556

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nous la gagnons tous les jours, que la victoire d’aujourd’hui est belle, que celle de demain le sera davantage, que tout va bien et que tout ira mieux encore. Il n’est pas un jugement, une conclusion de l’esprit, mais une intuition liée à la vie elle-même. La vie est un acte qui porte en lui certaines clartés, dont la première est la certitude du succès et les autres autant de forces qui nous aident à l’obtenir. L’optimisme est une affirmation de ce succès, qu’il réalise, en même temps qu’il nous révèle les moyens qu’il y emploie. L’intelligence n’a que faire ici. Elle est analyse et l’instinct synthèse. Elle trace le plan dont l’exécution vient après. L’instinct agit et l’action déroule elle-même son dessin. Dans l’ordre chronologique, l’instinct passe avant l’intelligence. L’éclair d’évidence, où la pensée réfléchie trouva la certitude de son existence, fut précédé d’un autre d’où sortit, non plus le syllogisme de Descartes, mais un cri de courage et de victoire : je vis, je vis, je vis ! Ce cri de l’optimisme soutint les premiers pas de l’humanité, alors que l’intelligence n’avait pas encore paru ; elle les soutient et dirige encore alors qu’elle est dans tout son éclat.

L’intelligence joue le rôle extraordinairement brillant que tout le monde admire et rend d’incomparables services. Mais, en fait, la vie n’est pas son domaine, et ceci n’est pas une nouveauté. Les grandes décisions, que la vie implique, ne lui appartiennent pas. Dans les affaires capitales, comme la guerre, où l’existence d’un peuple est en jeu, la science n’épuise pas la question. Certes, elle est indispensable, mais il faut qu’elle ordonne son effort sur celui de l’optimisme et se mette en parfait accord avec lui.

Le désaccord est fréquent et ancien. Il occupe une large place dans l’histoire de la pensée humaine. Il n’est pas près de finir. Ni l’instinct de vie n’arrêtera l’ascension de l’intelligence, ni les miracles de celle-ci n’éteindront l’instinct de vie. Sa défaite serait notre mort, et la science ne nous sauverait pas. Mais nous n’avons rien à craindre. La vie prend ses précautions.

Nous mettons souvent notre ambition à vivre sur des idées claires et garanties par l’intelligence. De temps en temps nous passons en revue ces idées, les vérifiant une à une, comme un ouvrier ses outils et un soldat ses armes : nous ne voulons qu’elles pour faire notre journée, journée de travail et de combat, dans la famille, le métier et la cité. Mais le soleil n’est