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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/552

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M. Volkmann, nous décrit de quelle manière, à Kœnigsberg, une amie de sa femme, âgée de cinquante ans, s’est pendue sous leurs yeux dans la prison où on les avait enfermés.

La plupart des « atrocités » que j’ai mentionnées d’après le livre de M. Rezanof ont eu pour auteurs des officiers, des gendarmes, en un mot des représentans de la force publique. Mais que l’on ne croie pas que la population « civile » allemande se soit privée d’exercer « directement » d’activés « représailles » contre les baigneurs russes tombés en son pouvoir ! Sans cesse, au contraire, M. Rezanof nous fait assister à des scènes comme celle dont je vais encore reproduire le récit, — extrait du long et émouvant témoignage d’un magistrat, M. Havando, qui a été arrêté en compagnie de sa femme dans la gare de Bamberg, et conduit aussitôt vers la prison de l’endroit :

Je marchais en avant, avec un sergent de ville, et ma femme nous suivait. Soudain, dans une rue, la foule qui nous escortait s’est mise à battre ma femme. M’étant retourné à ses cris, j’ai vu qu’une dizaine de personnes la frappaient sur la tête, et que déjà son sang commençait à couler. Rendu presque fou par ce spectacle, je me suis élancé au secours de la malheureuse : mais aussitôt mon gardien m’a asséné un coup de crosse, par derrière, sur la nuque ; et comme ensuite j’ai voulu me protéger la tête avec les mains, c’est sur mes mains que se sont abattus les coups. Quelques minutes plus tard, ma femme et moi gisions sur le pavé ; et, pendant tout ce temps, la foule continuait à nous frapper, surtout à coups de poings. Sûrement nous serions morts tous les deux, si une troupe de gendarmes, venus de la prison voisine, ne nous avaient pas transportés, dans leurs bras, jusqu’à cette prison, où longtemps nous sommes restés évanouis, malgré les compresses froides que l’on nous appliquait. Nos vêtemens, déchirés et froissés, étaient trempés de sang. Le médecin a constaté chez moi trois plaies superficielles à la tête et de nombreuses contusions aux mains, tandis que ma femme avait reçu deux entailles très profondes, qui exigent aujourd’hui encore des soins assidus.


VII

Voilà donc, d’après des témoignages « rigoureusement contrôlés, » de quelle façon « la population et les autorités allemandes » ont traité des milliers d’inoffensifs baigneurs russes, surpris par la déclaration de guerre en territoire allemand ! Pour quelques-uns de ces malheureux, — les privilégiés, tels que Mme Danilof ou M. de Bellegarde, — la durée totale de l’épreuve n’a été que