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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/537

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de son palais, à propos de la déclaration de guerre, contenait des passages d’une incorrection si manifeste que l’on n’a pas jugé possible d’en divulguer le texte authentique et complet. Ce texte, au dire du député russe Maklakof, qui s’était trouvé à même de l’entendre, « a été étrangement abrégé et modifié dans la rédaction officielle, » telle que l’ont imprimée les journaux du lendemain ; et pareillement M. Maklakof s’accorde avec tous nos autres compatriotes qui ont eu comme lui l’occasion d’entendre la fiévreuse improvisation du Kaiser, pour déclarer que, aussi bien par la signification générale de celle-ci que par un bon nombre de ses phrases en particulier, le souverain exaspéré provoquait ses sujets à l’extermination de tous les Russes, toujours et partout. Sans aucun doute possible, l’empereur d’Allemagne a chargé sa conscience non seulement du mensonge public consistant à rejeter sur la Russie la responsabilité de la guerre, mais aussi de toutes les « atrocités » commises par ses sujets : car c’est bien lui qui s’est montré le premier instigateur des violences exercées depuis ce jour à l’encontre des Russes en territoire allemand et, plus tard, en Pologne.


III

Après ces explications préliminaires, qui m’ont semblé utiles pour l’intelligence des causes, du caractère, et de la portée véritables des faits brièvement dénoncés dans la susdite relation officielle du ministère des Affaires étrangères de Pétrograd, il est temps que j’arrive à ces faits eux-mêmes. Et, d’abord, voici de quelle façon les auteurs de la relation nous exposent la conduite de « la population et des autorités allemandes » à l’égard des représentans attitrés du gouvernement russe auprès des différentes cours d’Allemagne :


A Berlin et dans chacune des capitales allemandes, le départ des membres du corps diplomatique russe, — départ dont l’heure et le lieu avaient été scandaleusement divulgués par la police locale, — a fait naître non seulement de bruyantes démonstrations d’hostilité de la part du public, mais aussi des attentats d’une violence extrême contre les voitures contenant le personnel de nos légations. Il n’y a presque pas une seule de ces voitures dont tous les occupans n’aient eu à recevoir des contusions plus ou moins graves sur la tête, le dos, ou les épaules. Qu’il nous suffise de citer, parmi les personnes les plus éprouvées : le ministre russe à Carlsruhe, comte Brevern de la Gardie, et sa femme ; la femme du ministre russe à Stuttgart, Mme Lennontof, sur le dos de laquelle un vieux monsieur à la barbe grise a cassé son parasol ; les deux sœurs de la femme du ministre résident à Darmsladt ; les secrétaires de légation Dmitrof et Koutepof, etc. D’autres, comme par exemple la femme de notre attaché naval à Berlin, Mme Behrens, et le secrétaire d’ambassade Jonof, ont été blessés au visage par des cailloux que leur lançait la foule. Le diacre de l’église de