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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/532

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aussi, à l’arrêter, — avaient au contraire provoqué, entretenu, et stimulé par tous les moyens.

La relation s’appuyait, comme on l’a vu, sur plusieurs centaines de témoignages dûment contrôlés et qui, provenant de sources très diverses, se trouvaient en effet concorder entre soi si parfaitement que cela seul aurait déjà suffi pour en garantir la sincérité. De ces témoignages, les uns avaient paru dans les journaux russes ; d’autres, en grand nombre, encore inédits, étaient conservés dans les archives des différens ministères de Petrograd. Et c’est encore sous l’inspiration immédiate du gouvernement russe qu’un rédacteur du Novoïé ! Vrémia, M. Rezanof, a reproduit, — dans un volume déjà plusieurs fois réimprimé avec des appendices tout remplis de détails nouveaux, — les plus significatifs des témoignages ainsi recueillis, de façon à nous offrir, en quelque sorte, la justification « documentaire » de chacun des articles de la relation officielle dont je viens de parler. Impossible d’imaginer un réquisitoire plus véridique, tout ensemble, et plus décisif contre la scandaleuse « barbarie » allemande. Je ne crains pas de l’affirmer : ni l’inoubliable article de M. Pierre Nothomb sur la Belgique martyre, ni rien autre de ce que l’on nous a rapporté jusqu’ici touchant l’attitude des soldats allemands à l’endroit des paisibles populations civiles du « front occidental » n’a de quoi « contraster aussi fortement avec l’image conventionnelle d’une nation allemande digne de figurer parmi les plus cultivées des nations européennes. »


I

Le jour même où s’est répandue la nouvelle de la déclaration de guerre, un changement soudain et radical a eu lieu, d’un bout à l’autre de l’empire allemand, dans les sentimens et la manière d’agir des « indigènes » vis-à-vis des Russes. C’était comme si, brusquement, une poche remplie de venin, et toujours étroitement fermée jusque-là, se fût ouverte au fond de toute âme allemande. Que l’on en juge, notamment, par l’aventure de deux officiers de la marine marchande russe, MM. Nossof et Andréïef, qui, depuis le mois de mai 1914, avaient coutume de voyager à bord d’un bateau à vapeur allemand, l’Oscar, où ils surveillaient le transport d’abondans convois de céréales