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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/489

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LE SENS DE LA MORT.


de mysticité qui nous incite à poursuivre dans les phénomènes de la nature la trace d’une pensée, d’une volonté, d’un amour. Il n’admettait pas qu’il y eût du divin dans le monde, pas plus d’ailleurs que dans l’homme. Pensant de la sorte, il croyait obéir au principe de Magendie, la soumission de l’intelligence au fait brut. Il n’apercevait pas qu’il dogmatisait dans un autre sens, lui, l’ennemi de tous les dogmatismes. II n’acceptait comme des faits que les phénomènes triés d’avance par une orthodoxie, non moins systématique, non moins partiale que Tautre : l’orthodoxie scientifique. Je lui objectais, timidement, que le fait religieux est un fait aussi et qu’il serait scientifique, d’après la doctrine expérimentale, d’en tenir compte : — <.<. Primo purgare, » répétait-il. (( Le surnaturel n’existe pas. Tout ce qui suppose dans l’univers une intention personnelle est nul par définition. Si vous me dites : j’ai vu un animal qui sentait et marchait sans système nerveux, je n’ai pas besoin de vérifier votre témoignage, je le sais faux... »

D’innombrables savans raisonnent comme Ortègue. J’ai raisonné de même. Je n’avais jamais rencontré, face à face, une réalité contre laquelle je viens de me heurter durant des semaines. Depuis celte évidence, la négation radicale du surnaturel, ou, pour parler plus exactement, du spirituel, me semble par trop sommaire. La Science en dernière analyse n’est qu’une hypothèse, dont nous éprouvons la valeur par le contrôle de la réalité. En médecine, là-dessus Ortègue n’était pas moins net, les théories les plus logiques sont condamnées dès que la clinique les dément, les plus déconcertantes reconnues exactes dès que la clinique les vérifie. L’action est donc, en définitive, le critérium suprême de la vérité. S’il est établi par des faits simplement constatés que certaines idées, absolument opposées à l’orlhodoxie scientifique, permettent à certains hommes de s’adapter à la vie et au contraire que certaines autres idées, scientifiquement orthodoxes, ne permettent pas cette adaptation, c’est la preuve, et indiscutable, que cette orthodoxie scientifique est à reviser. La présente « observation » n’a pas d’autre but que d’apporter cette preuve pour un cas très particulier dans ses circonstances, très général dans sa donnée intime. Soyons plus précis. Apporter cette preuve ? Non. La suggérer comme possible, puisque je la vois telle. Ma conscience de savant exige que je l’écrive, cette « observation, » que je