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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/457

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importante qu’elle entretient aux Dardanelles. Cette escadre comprend un croiseur de combat, peut-être deux, du type Inflexible, et un cuirassé « super-dreadnought, » la Queen Elizabeth, bâtiment tout neuf, dont la vitesse d’essais atteint 25 nœuds, ce qui le rapproche singulièrement de la classe des croiseurs de combat, bien qu’il soit officiellement désigné sous le vocable de « battle ship, » appliqué aux cuirassés d’escadre. On avait demandé aux grosses pièces de l’Inflexible et de la Queen Elizabeth, et en particulier aux nouveaux canons de 381 millimètres de cette dernière, la destruction à grande distance des ouvrages turcs, dont la silhouette pouvait être découverte de loin. Cette tâche a été accomplie dans la mesure que permettaient, en ce qui touche les forts du défilé Tchanak-Nagara, des circonstances nettement défavorables. La lutte contre les fortifications germano-ottomanes se présentant aujourd’hui dans des conditions qui n’exigent plus expressément l’emploi de très gros calibres, l’Amirauté verrait avantage, affirme-t-on, à rappeler dans le Nord des unités puissantes et rapides, dont l’appoint serait précieux dans une lutte contre le « groupe de croiseurs » de la flotte allemande.

On sait, en effet, que ce groupe va être prochainement renforcé de deux ou trois unités très importantes [1], qui porteraient, elles aussi, des canons de 38 centimètres, tandis que les réparations entreprises sur les unités gravement endommagées au combat du Doggerbank sont, depuis longtemps déjà, terminées. Or, les Anglais n’avaient en chantiers, au commencement de la guerre, aucun croiseur de combat. Ils finiraient donc par se trouver en infériorité de ce côté-là, si, d’une part, ils ne réunissaient dans la mer du Nord tous les bâtimens de cette catégorie, et si, de l’autre, ils n’adjoignaient à leurs « première et deuxième escadres de croiseurs de combat » les plus rapides des cuirassés de la classe Queen Elizabeth.

Mais par quelles unités seraient remplacées, aux Dardanelles, celles qui seraient rappelées dans les eaux anglaises ? Les imaginations, — aidées peut-être par certaines indications assez sérieuses, — s’étaient donné libre carrière là-dessus et on

  1. Il l’est déjà du Lützow, frère du Derfflinger, croiseur de combat de 26-27 000 tonneaux, armé de huit canons de 305 millimètres. On prétend justement qu’à ces 305 millimètres, on aurait substitué des 381, abord du Lützow ; mais cela reste douteux.