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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/428

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devenez petite, aimez les petites observances comme les grandes, c’est-à-dire les cheveux et jusqu’aux souliers de l’Époux, et les franges comme les habits. Si vous ne devenez petite, mais très petite, les sublimités de l’oraison vous seront ôtées ; il n’y a de sublimité que celle qui nous rend plus humbles : voilà le premier point que j’attends de votre conversion. »

Peut-être, sans les lui fermer, la détournait-il doucement des paradis que Fénelon lui avait ouverts. Mais il n’allait pas à l’encontre de la direction de celui-ci. Nous en avons le témoignage formel de leur pénitente. Écrivant plus tard à Fénelon, elle dira : « Il me parlait souvent de vous, monseigneur, et ne faisait presque que me confirmer dans les décisions que j’avais reçues de vous, entre autres sur les austérités, les communions et les lectures, si ce n’est qu’il me laissait plus de liberté sur les lectures. » Sans doute, nous pensions bien que ces deux grands esprits, également désintéressés, ne pouvaient conduire très différemment une même âme. Pourtant ce témoignage nous fait plaisir. Dans le temps que, sur la scène publique, on les voyait aux prises, acharnés l’un et l’autre à la défense de leurs positions, il est doux de les voir en quelque sorte se réconcilier dans la conscience d’une humble religieuse, accorder leurs vues, respecter mutuellement leur œuvre, et ne songer qu’à la gloire de Dieu dans une âme. Mme de la Maisonfort les aima l’un et l’autre ; elle n’eut point à prendre parti ; peut-être contribua-t-elle à maintenir entre eux quelque estime secrète ; et, même sans aller si loin, il faut la remercier d’avoir rapproché pour nous, derrière la scène, ces deux grands adversaires.

Les monastères des Visitandines étaient, à cette époque, parmi les plus stricts et les plus fervens. Entre tous, celui de Meaux, à cause de sa grande régularité, était appelé la Trappe de l’Ordre. Mme de la Maisonfort y passa environ trois ans et demi, « avec assez d’agrément et de paix. » Pourtant elle n’y put demeurer, car elle y apportait un trouble involontaire et fort grave : elle s’y faisait trop aimer.

« Quoique mon étoile, écrit-elle, eût été d’être toujours assez aimée, je ne laissais pas d’être surprise de l’empressement et du goût qu’on avait pour moi dans une communauté aussi grave et aussi froide que l’est celle-là. »

Bossuet, averti par les supérieures, prit la chose au sérieux. Il ne savait trop quel conseil lui donner. Elle rédigea pour son