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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/427

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avez voué ?… Vous voulez persuader, vous voulez plaire, et vous n’avez point cette unité d’intention qui est la vraie simplicité. Vous avez trop envie d’être aimée : je suis persuadée que vos intentions sont bonnes et que vous voulez par ces voies-là porter au bien celles qui dépendent de vous ; mais si vous vouliez repasser sur le passé, vous verriez que ces moyens ne vous ont pas réussi. Encore une fois, vous n’avancerez jamais dans la vertu que par votre humilité, votre attachement à vos règles, par sacrifier vos lumières à celles de vos supérieurs, par aimer la dépendance, par la persuasion que vous en avez besoin, et par renoncer à cette force et sagesse toute mondaine dans laquelle vous mettrez votre confiance… Ne vous découragez point, ma chère fille, à la vue d’un si grand ouvrage : Dieu peut tout, et veut tout pour nous quand nous le voulons bien : mettez votre force à entreprendre de changer, et à faire valoir les talens qu’il vous a donnés, et dont vous rendrez compte. »

Mme de la Maison fort fut une fille privilégiée, et qui tourna mal : elle fut rayée du cœur de sa mère.


III

Le 12 mai 1697, Bossuet écrivait à Mme de la Maisonfort : « Je vous reçois, ma Fille, dans mon diocèse, avec le dessein de vous y donner tout le secours que je pourrai. »

Il la fit conduire chez les Filles de la Visitation de Sainte-Marie, à Meaux.

Ce secours qu’il lui promettait, il ne le lui refusa pas un instant pendant les sept années qu’il vécut encore. Tout en témoigne : les lettres qu’il lui envoya, les démarches qu’il fit pour elle, ses réponses minutieuses à des consultations qu’elle lui adressait. Il lui recommandait de ne point se laisser entraîner au dégoût, mais de « prendre le vrai goût plus haut que les sentimens de la créature ; » de « modérer ses activités inquiètes, » de « laisser là Saint-Cyr, et de n’avoir plus de place dans son cœur pour Mme de Maintenon (pauvre âme, qui ne se résignait point à payer de retour une ingrate ! ) » Il lui écrivait :

« Ne soyez jamais en peine de votre oraison ; songez au fruit ;