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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/420

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il faut connaître aussi toute l’étendue de son trouble d’esprit.

De l’une et de l’autre, nous avons un témoignage irrécusable. Dans un mémoire qu’elle adressait à Fénelon, dix ou douze années plus tard, après la mort de Bossuet, elle écrivait ceci :

« Voici, monseigneur, les lettres que vous m’ordonnez de vous envoyer (sa correspondance avec Bossuet).

« Quoique je dise, dans la première, que mes supérieurs ne m’inquiétaient point, cela signifie seulement qu’ils me laissaient en paix sur mes pratiques, dont ils ne s’étaient jamais informés ; mais non pas qu’ils ne m’eussent plusieurs fois demandé compte de mes sentimens, d’une manière qui marquait qu’ils avaient sur cela de l’inquiétude… Il est vrai qu’ils m’avaient témoigné être contens de mes réponses ; mais comme je savais la cause de leur crainte, elle m’en inspirait. J’aurais appréhendé d’augmenter la leur, si je leur eusse confié la mienne… Une seule personne me paraissait propre à mettre le calme dans ma conscience, c’était feu M. l’évêque de Meaux ; parce qu’outre que je savais quelle était sa doctrine, et que vous l’appeliez la plus grande lumière de l’Eglise, je n’ignorais point que vous aviez examiné ensemble les matières en question… La difficulté était de lui parler. Dans cet embarras, je m’adressai à Dieu : je lui représentai qu’il pourrait seul, sans l’entremise de qui que ce soit, me délivrer de mes craintes, mais qu’au cas qu’il voulût y employer le ministère de M. de Meaux, j’espérais qu’il me ferait naître quelque occasion… Ma prière fut exaucée : ce prélat eut le mouvement d’offrir à Mme de Maintenon de faire une conférence à Saint-Cyr… »

Bossuet vint à Saint-Cyr le 5 février 1696, et traita « du dogme affreux de l’indifférence pour le salut. »

Sur la demande de Mme de la Maisonfort, il revint le 7 mars, et parla de l’oraison passive. « Cette deuxième conférence ne me contenta pas moins que la première ; mais comme mes doutes n’y furent pas encore tous éclaircis, je restai avec le désir de parler en particulier à M. de Meaux. » Elle entra dans la chambre de Mme de Maintenon ; elle guetta l’occasion. Mais il était tard, M. de Meaux était fatigué : Mme de Maintenon suggéra qu’elle pourrait lui écrire ; Mme de la Maisonfort accepta, sous la condition que Bossuet ignorerait qui lui écrivait, et qu’on ne le dirait à personne sans exception. Mme de Maintenon le promit, et ajouta : « Écrivez sur du papier plié, de manière qu’il