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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/418

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Comme elle avait fait au sujet de l’éducation donnée à Saint-Cyr, Mme de Maintenon ne tarda pas à être prise de doutes, d’alarmes, de remords, sur la dévotion qu’elle avait laissée s’y introduire, et à vouloir reprendre entièrement son œuvre.

Déjà, en 1692, elle écrivait à Mme de la Maisonfort :

« Ne répandez pas les maximes de M. de Fénelon devant des gens qui ne les goûtent point. Quant à Mme Guyon, vous l’avez trop prônée ; et il faut se contenter de la garder pour vous. Il ne lui convient pas, non plus qu’à nous, qu’elle dirige nos Dames… Tout ce que j’ai vu d’elle m’a édifiée : mais il faut conduire notre maison par les règles ordinaires et tout simplement… »

Et un autre jour : « Vous savez mieux que moi, madame, que chaque chose a son temps. Mon peu d’expérience en ces matières me révoltait contre M. l’abbé de Fénelon quand il ne voulait pas que ses écrits fussent montrés ; cependant il avait raison. Tout le monde n’a pas l’esprit droit et solide. On prêche la liberté des enfans de Dieu à des personnes qui ne sont pas encore ses enfans, et qui se servent de cette liberté pour ne s’assujettir à rien. Il faut commencer par s’assujettir… »

Dans la visite pastorale qu’il fit à Saint-Cyr en 1693, l’évêque de Chartres, Godet-Desmarais, avait été surpris de trouver chez les religieuses une spiritualité qui lui parut suspecte. C’était un homme très pieux, d’esprit droit et modéré, dont Saint-Simon nous a laissé un portrait fort avantageux, un peu flatté peut-être. Il assembla les Dames, leur montra les dangers de la dévotion nouvelle, les obligea de lui remettre les livres de Mme Guyon. Il s’entretint particulièrement avec Mme de la Maisonfort. Elle protesta qu’elle n’était dirigée que par Fénelon, expliqua son oraison, argumenta, résista. Il semble qu’elle ait défendu sa liberté sans douceur et sans humilité. A divers signes, on peut juger qu’il y eut là quelques mois de malaise et de mésentente, où elle fut blessée, et fit la méchante. Cela se termina par le scandale de l’automne 1693, où elle envoya promener l’évêque, la fondatrice, les constitutions… Audace d’enfant gâtée, éclat d’une femme énervée, indécise et souffrante : ne cherchons ni à l’excuser ni à l’accabler. Soyons charitables et passons.

Mme de Maintenon voulut s’assurer. Elle consulta plusieurs