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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/413

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d’imaginations exaltées, d’âmes qui se croient privilégiées, de « spirituelles de travers ; » et les pieuses dames de Saint-Louis penseront avec horreur qu’elles ont côtoyé les précipices affreux de l’hérésie. Entendons tout ceci, comme dira Bossuet un jour qu’il ne montait pas dans sa chaire de docteur, « avec un grain de sel. » Au fond, si Mme de la Maisonfort embrassa quelques-unes des maximes nouvelles, si elle essaya, sous la direction de Fénelon, de pratiquer une dévotion plus pure, plus abandonnée, plus tendre, ce ne fut point un goût bizarre de toutes les mystiqueries (elle risqua ce mot charmant, un jour, en rougissant de son audace, devant Mme de Maintenon) ; ce fut l’élan d’une pauvre femme inquiète qui pensait trouver là une lumière pour ses doutes, une revanche pour ses misères, et un repos sublime pour son cœur mal satisfait.


* * *

Ceci dit, écoutons les dames de Saint-Louis.

« Mme Guyon charma nos Dames par son esprit et par ses discours de piété, qui paraissaient ne tendre qu’à ce qu’il y a de plus parfait ; elles crurent y sentir une onction et un accroissement d’amour de Dieu qui leur donna une haute idée de sa sainteté. Mais, dans ces commencemens, c’était un mystère enfermé entre cinq ou six de nos Dames ; car, selon Mme Guyon, il n’y avait que des âmes choisies qui fussent capables d’entendre la vraie manière de s’unir à Dieu telle qu’elle l’enseignait…

Et plus tard :

« Ces Dames avaient de la froideur, de l’éloignement et même un peu de mépris pour celles qui n’étaient pas de leur causerie, une grande indépendance des supérieurs et des directeurs, beaucoup de présomption et d’orgueil ; celles qui pratiquaient cette spiritualité se croyaient des âmes fort au-dessus des autres ; elles n’assistaient au sermon que le moins qu’elles pouvaient, disant que cela ne fait que distraire, que Dieu seul suffit, et ayant mille travers de cette nature… Presque toute la maison devint quiétiste. On ne parlait plus que de pur amour, d’abandon, de sainte indifférence, de simplicité, laquelle on mettait à se bien accommoder en tout pour prendre ses aises, à ne s’embarrasser de rien, pas même de son salut. De là vint cette prétendue résignation à la volonté de Dieu, qu’on poussait