Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/411

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cœur. Pour la confiance, la correspondance simple et fidèle, le désir de seconder ses bonnes intentions, l’éloignement des personnes et des choses qui peuvent lui être suspectes, la crainte de lui faire la moindre peine, vous ne sauriez aller trop loin. Votre liaison avec elle est de providence, et doit être de pure grâce. »

Quinze novices avaient été admises déjà, depuis le mois de décembre, à prononcer leurs vœux solennels. Mme de la Maisonfort fit les siens le 19 avril 1694. Elle avait scellé sa chaîne, et consommé le sacrifice de cette liberté si chère. Peut-être eût-elle trouvé là les prémisses d’une liberté plus haute, et cette paix d’esprit qui ne saurait naître que du renoncement absolu. Mais, depuis quelque temps, l’influence de Mme Guyon et de Fénelon, un instinct naturel, dans la dévotion comme en toutes choses, des voies les plus hautes, et si l’on veut les plus singulières, le goût des subtilités de l’esprit et des exaltations du cœur, un peu de honte d’elle-même peut-être, et le besoin d’aimer éperdument ce Dieu qu’elle avait tant de peine à servir humblement, l’avaient poussée vers les horizons illimités, vers les solitudes dangereuses du pur amour. Elle y rencontra de nouvelles épreuves, et des tribulations plus douloureuses. Mme de la Maisonfort fut, à Saint-Cyr, l’introductrice du Quiétisme ; elle en fut le champion, elle en fut la victime. Pour suivre cette histoire, il nous faut revenir de quelques années en arrière. »


II

Par son père, Mme de la Maisonfort était cousine germaine de Mme Guyon.

Sans doute la connut-elle peu pendant son enfance, et l’avait-elle à peine rencontrée quand elle vint à Paris. Si l’on en juge d’après leurs premières relations, il n’y avait pas entre elles de sympathie préétablie. Mais, la semaine même où Mme de la Maisonfort, avec ses filles de Noisy, s’installait à Saint-Cyr, Mme Guyon arrivait à Paris. Les destinées, comme les astres, ont des conjonctions inévitables.

En allant à Beynes, chez la duchesse de Béthune-Charost, dont elle était devenue l’amie, Mme Guyon obtint la permission de s’arrêter parfois à Saint-Cyr, pour voir sa cousine. Elle