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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/409

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Il était, ou du moins paraissait responsable d’elle, étant ou ayant été son directeur, son ami, son père spirituel. De plus, l’orage du Quiétisme, qui commençait à s’amonceler autour de sa tête, rendait l’incartade de Mme de la Maisonfort assez dangereuse pour lui-même. Nous ne savons ce qu’il écrivit ou dit à sa fille. Mais nous avons deux lettres à Mme de Maintenon, admirables de loyauté, et d’une sévérité qui n’oublie pas la pitié. Pas plus qu’il n’abandonnera plus tard Mme Guyon, il ne songe aujourd’hui à se dégager de Mme de la Maisonfort. Il se justifie, mais il l’excuse ; aucune prudence personnelle ne lui fera trahir une amie :

« Mme de la Maisonfort sait assez que je regarde comme une pure illusion toute oraison et toute spiritualité qui n’opère ni douceur, ni patience, ni obéissance, ni renoncement a son propre sens : je l’ai toujours trouvée ingénue et droite, malgré ses défauts

« Ce qui me fâche, c’est qu’avec des intentions si droites et si pures, elle s’égare de son chemin, et sort de sa grâce, qui est la douceur et la politesse. Il n’est pas question de Saint-Cyr, qui n’est rien ; il est question de Dieu, qui est tout, et qui ne se trouve point par cette hauteur et par cet entêtement. En quelque lieu qu’elle aille, elle trouvera de la contradiction et de la gêne ; elle serait bien malheureuse de n’en trouver pas : ce n’est que par-là que Dieu purifie et avance les âmes. L’oraison et la vertu ne sont solides qu’autant qu’elles sont éprouvées par la croix et par l’humiliation. On ne profite véritablement, même de la meilleure oraison, qu’autant qu’on est prêt à la quitter pour l’obéissance… Voilà ce que j’ai dit et écrit souvent à Mme de la Maisonfort ; je ne saurais maintenant lui dire autre chose…

« Mme de la Maisonfort n’avait qu’à demeurer tranquille dans le respect des règlemens, se souvenir qu’elle en avait besoin elle-même pour se rapetisser, et pour mourir à son propre esprit, plein de hauteur et de grandes idées de spiritualité sans pratique réelle ; que ces règlemens étaient nécessaires à une communauté, et qu’il est scandaleux de montrer du mépris pour des pratiques si salutaires à la multitude. Après cela ; je suis sûr, madame, que vous seriez entrée avec bonté dans ses besoins, pour la soulager dans les choses où elle se serait trouvée trop gênée… Dans le fond, vous savez, madame, qu’elle