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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/408

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tribunes pour prier Dieu. Il fallut un ordre exprès du Roi pour les y faire venir, et on remarqua qu’elles y avaient les yeux baissés et que la plupart y faisaient oraison ou disaient leur chapelet. »

Voilà une page qui nous soulage. Ainsi ces Dames s’étaient calomniées. Elles avaient pris leurs scrupules pour des crimes. Nous nous en doutions un peu. Mme de la Maisonfort elle-même est renvoyée par ce grave tribunal avec un sourire d’indulgence.

Oui… Mais ce serait mal la connaître que de se rassurer trop vite. A Dieu ne plaise que je veuille douter, plus que Fénelon, de « l’innocence et la bonté de cœur » de notre novice. Je doute seulement qu’elle puisse, pendant un si long temps, demeurer sage, tenir sa langue, brider son indépendance d’esprit et de jugement, atteindre à une ennuyeuse vertu… Je doute que sa soumission et sa bonne volonté même ne nous préparent point quelque réaction terrible. Elle est de celles qui ont besoin de ruer sous le joug pour l’accepter :

L’éclat, cette fois, alla jusqu’au scandale.

Fénelon, qui ne dirigeait plus régulièrement Mme de la Maisonfort, mais qui continuait de l’aimer et de la suivre, Fénelon sentait monter en elle des frémissemens d’impatience contre la nouvelle règle, et flattait comme il pouvait cette pauvre nature cabrée. En juin 1693, il écrivait :

« Je crois, madame, que vous devez travailler à vaincre votre peine par rapport à la maison où vous êtes ; elle ne vient que de mauvaises préventions contre des règles qui sont en elles-mêmes utiles à toute la communauté, et de votre attachement excessif à vos heures d’oraison et à vos spiritualités. Ces règles que vous trouvez gênantes, soutiendront la plupart des âmes, et pour vous, elles vous seront plus utiles qu’aux autres ; car il faut bien que vous mouriez à ce goût de liberté et à ce mépris des choses qui vous paraissent petites… »

Exhortations perdues… Mme de la Maisonfort se contint, mais pour mieux éclater ensuite. Un jour, en la présence même de l’évêque de Chartres et de Mme de Maintenon, elle s’oublia tout à fait, témoigna de son mépris pour les nouvelles constitutions, blâma la règle et la réforme, et déclara qu’on ne l’obligerait point à faire des vœux solennels…

Elle consterna tout le monde, et réussit à mettre en colère l’abbé de Fénelon.