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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/404

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dehors une autorité qui décide. De plus, il n’est pas vrai que vous n’ayez eu aucun attrait intérieur, car vous avez senti celui de consulter et de vous soumettre. Suivez-le donc sans hésiter, et sans regarder jamais derrière vous… Dieu ne permettra pas que ce sacrifice, fait avec une intention pure, vous nuise. Ne craignez ni le repentir de votre engagement, ni la tristesse, ni l’ennui. Il y a partout à souffrir ; et les peines d’une communauté, quoique vives, si on les comparait aux peines d’une personne engagée dans le siècle, ne seraient presque rien. Mais on s’échauffe la tête dans la solitude, et les croix de paille y deviennent des croix de fer ou de plomb. Le remède à un si grand mal, c’est de ne compter point de pouvoir être heureux en aucun état de cette vie, et de se borner à la paix qui vient de la conformité à la volonté de Dieu… Si vous avez le courage de vous abandonner ainsi, et de sacrifier vos irrésolutions, vous aurez plus de paix en un jour que vous n’en goûteriez autrement en toute votre vie ; moins on se cherche, plus on trouve en Dieu ce qu’on a bien voulu perdre… »

De si belles, de si fortes paroles auraient dû, semble-t-il, lui donner la paix. Il n’en fut rien pourtant. L’année 1691, l’année du noviciat, fut pour Mme de la Maisonfort une longue inquiétude. Je ne dis pas qu’elle ne fut pas autre chose. Sur ces angoisses et ces obscurités, il semble impossible que la direction spirituelle d’un Fénelon n’ait pas répandu des ondes de douceur et de lumière. D’ailleurs, la novice était plus disposée qu’aucune autre à recevoir la manne du pur amour, et à la goûter avec délices. Elle s’éprit des nouveaux états d’oraison ; elle y trouva certainement des consolations ineffables. Nous aurons à y revenir. Mais ces ravissemens la laissaient aussi troublée que jamais sur sa vocation. Dans ce « fond de l’abîme, » elle n’arrivait pas à prendre pied ; elle s’élançait plutôt vers des sommets vertigineux, d’où elle retombait sur elle-même, plus lasse et plus incertaine.

Elle donnait pourtant des marques touchantes d’humilité et d’obéissance. Elle gardait son enjouement un peu étourdi, si charmant. Mme de Maintenon, écrivant à Mme de Brinon, cette même année, disait : « La chanoinesse est plus dévote, plus abstraite, plus aimable et plus étourdie que jamais. » Parfois, elle se laissait tromper à cette gaîté et à ces grâces qui n’abandonnaient point la novice. Elle écrivait : « Notre nouvelle novice