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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/389

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les abatages de nos animaux et l’on protégerait ainsi le troupeau national. Les partisans de ce vaste et coûteux projet résument leurs argumens en disant :

« Notre cheptel, déjà sérieusement réduit par des prélève-mens excessifs, ne peut faire face à des excédens de consommation qui ne sont que partiellement compensés par les importations actuelles du ministère de la Guerre en viandes frigorifiées.

« Or, il est à prévoir que l’achat des viandes congelées deviendra de plus en plus onéreux et difficile dans les mois qui vont suivre.

« Le ministre de la Guerre possède actuellement des contrats en cours d’exécution pour une quantité totale de 240 000 tonnes livrables d’ici la fin de février 1916. Cette quantité est insuffisante au regard du déficit constaté. Or, il lui est fait des offres pour 120 000 tonnes environ de viandes frigorifiées de l’étranger ou des colonies ; mais les Compagnies de navigation françaises qui devraient transformer les installations de leurs bateaux pour effectuer les transports et organiser de nouveaux courans commerciaux en vue d’abaisser le taux des frets, ne consentent pas à s’engager si les marchés à conclure par elles avec le ministère de la Guerre n’ont pas une durée minimum de cinq années. Les viandes qui proviendraient de l’Uruguay, de l’Argentine, du Venezuela, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de nos colonies voyageraient ainsi sous pavillon français. Elles pourraient être rétrocédées par le ministère de la Guêtre et servir partiellement à l’alimentation civile.

« Le cheptel français exige une période de plusieurs années pour revenir à ses effectifs d’avant la guerre. Or, sa conservation comme son développement figurent parmi les conditions essentielles de la prospérité agricole. L’achat de viandes frigorifiées, qui, d’ailleurs, ne doit pas empêcher l’importation prévue de bétail sur pied, est destiné à réaliser cet objectif… »

Ce projet, rapidement discuté devant la Chambre des députés, à la suite du dépôt d’un rapport sommaire, a été adopté séance tenante, le 20 mai dernier. Il comporte malheureusement des objections de principe et des difficultés de réalisation d’une extrême gravité.

L’idée de confier à l’Etat le soin d’alimenter la population civile pendant cinq ans peut et doit être combattue, non pas au nom d’une doctrine abstraite et d’un « principe » économique,