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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/377

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pour moins cher qu’elles ne coûtaient ? Quand on les enlevait aux agriculteurs à force armée ? — Ceux qui avaient établi ce système affreux et dévastateur savaient bien pourtant que la fortune publique ne se compose que des fortunes particulières…

« La libre circulation des grains est aussi nécessaire que celle de toutes les autres denrées. Quoi ! l’agriculteur vendrait son blé à un prix fixe et achèterait tout ce dont il a besoin à des prix libres ! Cela serait injuste. » (Applaudissemens.)

Le même jour, la Convention abolissait les lois du maximum. L’Assemblée révolutionnaire fit plus et fit mieux, s’il est possible ; elle avoua ses fautes et voulut les reconnaître publiquement.

Trois conventionnels furent chargés de rédiger une proclamation au peuple français « pour lui développer les avantages de la suppression de la loi du maximum. » — Dans la séance du 9 nivôse an III, Johannot donna lecture de ce document.

« Français, dit-il, la raison, l’équité, l’intérêt de la République réprouvaient depuis longtemps la loi du maximum… Les esprits les moins éclairés savent aujourd’hui que cette loi anéantissait de jour en jour le commerce et l’agriculture… C’est donc cette loi si désastreuse qui nous a conduits à l’épuisement.

« C’est à l’industrie dégagée d’entraves, c’est au commerce régénéré à multiplier nos richesses et nos moyens d’échange. — Les approvisionnemens de la République sont confiés à la liberté, seule base du commerce et de l’agriculture. »

Est-il donc nécessaire que, le 9 nivôse de cette année, le Parlement français, plus rapidement éclairé que la Convention nationale, fasse le même aveu, et proclame, avec la même loyauté, les avantages de la liberté ?

En attendant, il est aisé de prévoir les dangers de la taxation arbitraire du froment dans notre pays. Ce système comporte des applications et il exige des sanctions. Examinons ces deux points.

Sous peine d’être à la fois inopérante et injuste, la taxation doit être appliquée partout et à tous. Quatre millions d’exploitations rurales doivent être visitées pour opérer le recensement des grains qui peuvent s’y trouver encore, ou que l’on y trouvera demain après la moisson. La taxation, il est