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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/357

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venus des villes et des campagnes, pleins d’exaltation désintéressée, marchant aux accens de la Marseillaise, — l’air à moustaches, — c’est l’armée française, et non les coalisés, qui l’a ressuscitée.

« Tout fut sincère en ces armées héroïques, conclut Albert Sorel… La patrie était, pour eux, non une entité métaphysique, mais une terre, le pays où ils étaient nés, où ils voulaient mourir, le lieu de toutes leurs affections, de tous leurs souvenirs, de toutes leurs espérances. »

Les enfans eux-mêmes s’enrôlent, des jeunes filles s’engagent comme volontaires ; Carnot, qui nommait en fait les généraux en chef, reste longtemps simple capitaine du génie ; la plupart des représentans en mission donnent l’exemple du plus fier courage, la Tour-d’Auvergne n’accepte que le titre de « premier grenadier de la République. » Ces généraux de la Révolution, Desaix, Kléber, Joubert, Marceau, Hoche, sont aussi humains que patriotes. Joubert écrivait à son père : « Faire son devoir, le faire avec distinction, sans se mêler aux partis, voilà le patriotisme ; » Byron honore la mémoire de Marceau général à vingt-deux ans, tué à vingt-sept ans : « … Il a été du petit nombre de ceux qui n’ont pas dépassé la mission de rigueur que la Patrie impose à ceux qu’elle arme de son glaive ; il a gardé le témoignage de son âme. Aussi les hommes ont pleuré sur lui. » Marceau écrivait à une amie : « Mes lauriers vous feraient horreur ; ils sont teints de sang humain. » Quand il tombe pour ne plus se relever (1796), il dit à ses amis : « Pourquoi me tant regretter ? Pourquoi me plaindre ? J’ai assez vécu, puisque je meurs pour la patrie. » Hoche, emprisonné en 1793, demande à être entendu par le Comité de Salut public : « Qu’on me laisse travailler dans ma chambre, les fers aux pieds, jusqu’à ce que les ennemis soient hors de France… Quel que soit mon sort, que la patrie soit sauvée, et je demeure content. » Et ce mot de Desaix : « Je battrai l’ennemi tant que je serai aimé de mes soldats ! » Kléber définit en ces termes le devoir du soldat : « Être soldat, c’est, quand on a faim, ne pas manger ; quand on a soif, ne pas boire ; quand on est épuisé de fatigue, marcher ; quand on ne peut plus se porter soi-même, porter ses compagnons blessés ; voilà ce que c’est qu’un soldat ! » Tous ces jeunes généraux vont au combat comme on va à une fête, voient briller au ciel l’étoile de la France qu’ils parent de nouveaux