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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/349

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édition du Dictionnaire (1694), donne ces exemples au mot Patrie : servir la patrie, défendre la patrie, mourir pour la patrie, etc. Colbert se compose cette fière devise : Pro rege sæpe, pro patria semper. Pour le Roi souvent, pour la patrie toujours.

Après le patriotisme de l’homme d’Etat, il faut admirer le patriotisme de l’homme religieux, cette page de Bossuet dans sa Politique tirée de l’Écriture sainte : « La société humaine demande qu’on aime la terre où l’on habite ensemble ; on la regarde comme une mère et une nourrice commune ; on s’y attache, et cela unit. C’est ce que les Latins appellent caritas patriæ soli, l’amour de la patrie, et ils la regardent comme un lien entre les hommes. Les hommes, en effet, se sentent liés par quelque chose de fort, lorsqu’ils songent que la même terre qui les a portés et nourris, étant vivans, les recevra en son sein quand ils seront morts. C’est un sentiment naturel à tous les peuples. Thémistocle, Athénien, était banni de sa patrie comme traître ; il en machinait la ruine avec le roi de Perse à qui il s’était livré ; et toutefois, en mourant, il oublia Magnésie que le roi lui avait donnée, quoiqu’il y eût été si bien traité, et il ordonna à ses amis de porter ses os dans l’Attique pour les y inhumer secrètement. Dans les approches de la mort, où la raison revient, et où la vengeance cesse, l’amour de sa patrie se réveille ; il croit satisfaire à sa patrie, il croit être rappelé de son exil, et, comme ils parlaient alors, que la terre serait plus bénigne et plus légère à ses os. »

Bossuet, qui formule la théorie du droit divin en des pages célèbres où il met le sujet en demeure d’aimer son prince comme le salut de tout l’État, comme l’air qu’il respire, comme la lumière de ses yeux, comme sa vie et plus que sa vie ; Bossuet distingue toutefois entre le pouvoir absolu et le despotisme : le Roi n’est maître, ni des corps, ni des biens de ses sujets, et doit se conformer aux traditions, aux formes légales. On sait que ces limites ne furent guère respectées, qu’il ne manqua ni de courtisans, ni de légistes, pour traiter le Roi en vice-dieu, en quatrième personne de la Trinité.

Saint-Simon dit justement que Vauban « était patriote. »Et c’est un nouveau titre à notre reconnaissance envers ce grand homme ; ses Pensées diverses et ses Mémoires respirent le plus pur patriotisme, un amour clairvoyant du bien public, le sens de l’autorité royale et des libertés nécessaires, de même que