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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/346

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Henri IV, avant la bataille d’Ivry, donne cet ordre : « Quartier aux François, main basse sur les étrangers. » Du Bellay par le du devoir « en quoi je suis obligé à ma patrie. » Le mot patriote, usité d’abord comme équivalent de compatriote, prend à la fin du XVIe siècle le sens actuel : « Ce maistre eschevin, conclut Carloix, mourut en bon et vrai patriote. »

On a prétendu, avec un peu d’exagération, que la brochure de Chateaubriand en 1815, De Buonaparte et des Bourbons, avait valu à ceux-ci autant qu’une armée. Autant pourrait-on dire de la Satire Ménippée, œuvre mordante et courageuse de quelques bourgeois parisiens, gallicans et patriotes, aimant l’érudition et l’épigramme, épris d’une monarchie tolérante, ayant avant tout au cœur la haine de l’étranger, préparant au péril de leur vie, alors que la Ligue était encore maîtresse de Paris, l’opinion publique en faveur de Henri IV.

Réunis chez le chanoine Gillot qui tenait assemblée de beaux esprits, Nicolas Rapin, Pierre Pithou, Jean Passerat, Florent Chrestien, Pierre Le Roy, tous gens de loi, gens de lettres ou d’église, composèrent avec leur hôte cette satire où, à l’imitation de Ménippe, de Terentius Varron, se mariaient les vers et la prose. Elle circula d’abord en manuscrit, sous le manteau ; le parti des Politiques, qui représentait alors le patriotisme éclairé, la publia en 1594. Un de ces bons serviteurs du pays, Pierre Pithou, jurisconsulte célèbre que Loysel comparait à Socrate, auteur de la harangue du lieutenant d’Aubray, voulut qu’on gravât ces seuls mots sur sa tombe : Patriam unice dilexi. (J’ai aimé uniquement ma patrie.) Il met dans la bouche de d’Aubray une superbe philippique contre les étrangers présens aux Etats de la Ligue… « Je ne vois ici que des étrangers passionnés, aboyant après nous, et altérés de notre sang et de notre substance… Que fait ici M. le Légat, sinon pour empêcher la liberté des suffrages et encourager ceux qui ont promis de faire merveilles pour les affaires de Rome et d’Espagne ? Lui, qui est Italien et vassal d’un prince étranger, ne doit avoir ici ni rang ni séance : ce sont ici les affaires des Français, qui les touchent de près, et non celles d’Italie et d’Espagne. » Plus loin, Pithou dit son fait au duc de Mayenne : « Je vous parle franchement, sans crainte de proscription, et ne m’épouvante pas des rodomontades espagnoles, ni des tristes grimaces des Seize, qui ne sont que coquins que