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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/237

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ou de la Tisza, c’est-à-dire tout le Banal de Temesvar. M. Basilesco ne se contente même pas à si bon compte : il réclame aussi la Bessarabie, qu’il n’enlève plus à l’Autriche, mais à la Russie. Tout cela est beaucoup. Si la Roumanie s’était engagée dans la guerre dès la première heure et si, après avoir participé à toutes ses vicissitudes, elle en avait supporté le poids jusqu’à la dernière, on comprendrait qu’une pareille récompense lui fût attribuée. Mais tel n’est pas le cas : la guerre est déjà très avancée, et elle le sera bien plus encore avant que les négociations que la Roumanie entame sur une aussi large échelle aient atteint leur tenue. Elle ne semble pas vouloir conclure encore, mais seulement gagner du temps.

Le Banat de Temesvar, qu’elle revendique comme une condition sine qua non de son concours, est borné au Sud par le Danube et par la Theiss : il occupe l’angle formé par les deux rivières. Pourquoi ne pas l’accorder aux Roumains, disent quelques personnes ? S’ils y tiennent si fort, pourquoi ne pas le leur donner ? La raison en est simple. C’est que les Serbes en demandent, non pas la totalité, mais une partie, qu’à notre sens on ne saurait leur refuser. Et cela pour trois raisons, dont la première est que cette partie du Banat a une population incontestablement serbe : les statistiques dressées par le gouvernement roumain lui-même, les cartes de géographie établies par ses soins en font foi. Le gouvernement roumain invoque ailleurs le principe des nationalités : que ne le respecte-t-il ici ? La seconde raison des Serbes est qu’après une guerre qui leur a coûté si cher et à laquelle ils ont pris une part si glorieuse, Belgrade, leur capitale, ne peut pas rester à une portée de canon de leur voisin, quel qu’il soit. Il est difficile de présenter une revendication plus sérieusement justifiée. Enfin, la troisième raison qui doit déterminer les Alliés à faire droit aux demandes de la Serbie est le rôle que ce petit, mais très noble pays, a eu pendant la guerre. Il n’a pas faibli un seul instant et, à l’heure où on le croyait sur le point d’être écrasé, il a rebondi par un coup de désespoir et d’énergie qu’on ne saurait trop admirer. En ce moment même, il a une fois de plus reconstitué ses forces ; il est sur le point de reprendre l’offensive : on dit même que c’est sur le Banat qu’il porterait son effort. S’il y a une justice en ce monde, la Serbie est en droit de l’invoquer lorsqu’elle réclame le Banat. Elle n’en réclame d’ailleurs que la partie qui est Serbe et ne fait aucune objection à ce que l’autre revienne à la Roumanie. Cette transaction semble acceptable pour tous. On objecte qu’il n’y aurait pas de frontière naturelle entre la Serbie et la Rou-