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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/236

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en particulier n’hésiterait plus à marcher avec les Alliés. Il n’en a rien été, et il est plutôt vrai de dire que, depuis l’entrée en scène de l’Italie, la Roumanie s’enferme dans une réserve plus grande et, pour trancher le mot, donne une impression de recul.

Depuis longtemps déjà, elle est entrée en conversation avec la Russie au sujet des avantages qui lui seraient consentis ou assurés, soit qu’elle restât neutre, soit qu’elle se rangeât du côté des Alliés. Le résultat de ces conversations est encore mal connu, mais, à lire les journaux roumains, on croit comprendre que la Transylvanie et une partie de la Bukovine auraient été promises à la Roumanie comme prix de sa seule neutralité. Nous ignorons si la Russie a fait vraiment de telles promesses : en tout cas, l’engagement ne lie qu’elle, la France et l’Angleterre n’y ayant pas pris part. Dans un Congrès européen, s’il y en a un à la fin de cette guerre, les deux Puissances resteront libres de leurs résolutions, et nous ne pensons pas qu’elles tiennent assez à l’anéantissement complet de l’Autriche pour faire des dons gratuits à ses dépens. Depuis le moment où avaient lieu ces conversations ou négociations entre Bucarest et Pétrograd, les événemens ont suivi leur cours et la question s’est posée de savoir si la Roumanie sortirait d’une neutralité qui lui avait été matériellement très fructueuse, pour courir quelques chances militaires à côté des Alliés. Que voulait-elle pour cela ? Quel prix mettait-elle à son concours ? Ici encore nous n’avons guère d’autres informations que celles des journaux, mais elles sont très significatives : la Roumanie a émis des prétentions auxquelles on ne s’attendait pas. L’occasion lui a paru bonne pour élever très haut ses exigences. Le Journal de Genève a publié une lettre de M. Basilesco, professeur de droit à l’Université de Bucarest et député au parlement roumain, qui déchire tous les voiles. M. Basilesco commence par faire valoir les mérites de la Roumanie dans le passé et ceux, encore bien plus grands, qu’elle ne peut manquer d’avoir dans l’avenir. À l’entendre, le dénouement de la guerre a toujours été et est aujourd’hui plus sûrement que jamais entre ses mains. Il dépend d’elle de faire pencher la balance dans le sens qu’elle voudra. Qu’elle se prononce en faveur de celui-ci ou de celui-là, son concours sera décisif et elle est absolument maîtresse de l’accorder ou de le refuser, car on ne peut rien contre elle et elle peut tout contre les autres. Ceci dit, M. Basilesco présente la note à payer. Il demande pour son pays, ou plutôt il exige, non seulement la Transylvanie et la Bukovine jusqu’au Pruth, mais, au Sud, la frontière du Danube et, à l’Ouest, celle de la Theiss