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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/207

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sous terre à outrance, dit le chevalier de Bonours, voire avec telle obstination qu’il advint par deux fois qu’assiégeans et assiégez s’étaient entre-tués en assez bon nombre, sans qu’un seul fust resté vivant pour raconter le succez du combat, ainsi furent trouvez les corps gisans dans les cavitez de la terre ainsi qu’ils étaient tombez, percés de diverses plaies. » On se battait dans l’obscurité, à la seule lueur des mousquets : « Ainsi à l’aveuglon on s’entre-donnait des coups orbes, sans se voir ni pouvoir juger à qui on avait affaire. Bien souvent le feu s’éprenait intempestivement à la poudre préparée pour les mines, ensevelissant tout vifs ceux qui s’entre-affrontaient dans ces grottes et cavernes artificielles, ainsi que lutons, et poussant bien haut en air ceux que le sort faisait rencontrer dessus. »

De même à Arras en 1654 : on y voit le contre-mineur marchant sous terre à la rencontre du mineur, et s’efforçant de ruiner ses galeries. En fait, la pratique des mines était devenue à tel point répandue que le besoin d’une théorie, d’une codification des méthodes et des procédés, s’était fait sentir. Le chevalier de Ville fut le premier à formuler un ensemble de règles, tant de l’attaque que de la défense par mines. Il établit une sorte de corps de doctrine d’où il résultait, d’après le poète Desmarets, qui appréciait les efforts impartialement tentés pour l’une et pour l’autre, « que l’on peut prendre tout, et qu’on ne peut rien prendre. »

Le chevalier de Ville insista sur la nécessité de bourrer les fourneaux, pour les empêcher de « souffler » dans la galerie et de la démolir ; il indiqua une méthode ingénieuse de « puits à cascanes, » moyen terme entre le puits simple et la descente par gradins, quand il fallait gagner en profondeur ; il donna une méthode de contre-mines qui s’avançaient franchement hors de la place jusque dans la campagne, par un réseau de galeries creusées sous celles de l’assaillant.

Mais c’est plus tard seulement que la science intervint dans la question des mines et y introduisit quelque méthode. Jusqu’au XVIIe siècle, la pratique des mines était chose essentiellement empirique ; elle manquait de principes et de règles. Avec Vauban la situation changea. Il fit faire à Mesgrigny, un « mineur » dont le nom reste bien connu, des expériences sur la relation entre la charge de poudre et le volume des terres enlevées. Les résultats n’en furent toutefois pas interprétés de