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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/206

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mais n’y avaient pas pris autrement garde. Ils refusèrent avec mépris. Pierre fit jouer ses mines ; le mur s’effondra, et, par la brèche, l’assaillant se précipita. Toutefois, le Château de l’Œuf tenait encore, perché sur un rocher presque détaché de la terre ferme. Une galerie fut poussée dessous et remplie de poudre. Le rocher se fendit, et les murailles tombèrent à l’eau ; les assaillans n’eurent alors pas de peine à enlever ce qui restait des assiégés.

La gloire de Pierre de Navarre en fut beaucoup accrue. Il lui restait cependant quelque chose à apprendre, car à Bologne, en 1512, il lui arriva ce fait bizarre que ses mines en explosant liront simplement remonter la muraille comme un rideau, après quoi elle retomba en place, ayant laissé voir un instant derrière elle « la ville et les soldats en bon ordre. » On cria au miracle. En réalité, il y avait eu erreur. Les mines avaient été placées trop exactement au-dessous du centre de gravité des murs. Le même fait se serait présenté, en 1795, à Fontarabie.

La mine explosive d’attaque devait provoquer l’apparition de la mine explosive de défense. Cela ne manqua point ; au XVIe siècle, elle fonctionnait déjà, par exemple au siège de Vienne par les Turcs, en 1529. On avait même eu l’idée des mines défensives chargées d’avance, des mines préparées en temps de paix sous les ouvrages défensifs qu’on pouvait être obligé d’abandonner. En les faisant jouer, une fois les troupes et l’armement retirés, et pendant que l’ennemi s’installait, on avait la satisfaction de tuer du monde à celui-ci et de lui enlever une position utile. C’est ce qui eut lieu à Padoue en 1509. Les Vénitiens durent abandonner un terrain où Allemands et Espagnols se précipitèrent. Mais les mines préparées par les assiégés ayant joué, les assiégeans volèrent en l’air, faisant ce que le chevalier de Ville appelait « le saut périlleux. » La méthode parut bonne, et le génie prit l’habitude d’établir une rangée de mines défensives en arrière du mur principal, entre lui et un second mur intérieur, qui y était parallèle.

Mines et contre-mines jouèrent un grand rôle au siège d’Ostende en 1601-1604. En fait, une grande partie de la guerre se passa sous terre. Les mineurs des deux armées se cherchaient pour ruiner l’ouvrage de l’adversaire et se rencontraient en corps à corps sanglans. Une galerie tout à coup s’ouvrait dans celle des ennemis et aussitôt on s’entre-tuait. « Il fut combattu