Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/193

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


modestement Charlemagne en son Capitulaire de 802. « Mein Auge wacht über Alles, Mon œil veille sur tout, » dit Guillaume II. C’est la seule différence. Pour le reste, le sacramentum fidelitatis carolingien est le prototype du Eid der Treue à la prussienne. Ils existaient sans doute l’un et l’autre bien avant que ces deux empires en fissent le ressort de leur gouvernement. Mais le caractère de ces deux régimes est d’avoir introduit le serment militaire comme règle et frein de la vie civile, afin que tous les sujets, devenus les « hommes » du Chef, Ses « fidèles », se soumissent désormais à Son premier signe de tête.

Sic volo, sic jubeo…, écrivait Guillaume II (17 décembre 1899), au bas de son portrait « grandeur nature, » qu’il offrait à son ministre des Cultes, von Gossler. Il omettait la fin du fameux vers latin sit pro ratione voluntas, — et que ma volonté tienne lieu de raison ; il estimait sans doute que raison et cultes ne sont pas de même ordre et que Sa volonté doit tenir lieu, non pas seulement de raison, mais de religion, de morale, de science, de précédens et d’esthétique.

Aussi, malheur aux « infidèles, » malheur aux ennemis du dehors et du dedans ! La loi des Ripuaires disait déjà : « Si quelque homme se met hors de la fidélité au roi, qu’il soit puni de mort et ses biens confisqués. » Et si plusieurs infidèles « à Dieu et à Nous » complotent contre l’empire et le souverain, pas de merci ! même leur parenté avec le roi ou ses hommes ne saurait mettre à l’abri ces suppôts de Satan : le Carolingien sévissait atrocement contre son propre fils Pépin, « qui, sur les conseils du diable, s’était ligué avec d’autres infidèles à Dieu et à Nous. » Guillaume II dit aux recrues de Berlin (20 novembre 1890) : « On ne peut pas être un bon soldat, si l’on n’est pas aussi un bon chrétien ; les recrues qui viennent de Me prêter leur serment de fidélité, comme à leur maître sur la terre, doivent avant toutes choses garder aussi leur fidélité à leur Maître et Sauveur céleste. » Et aux recrues de Potsdam (23 novembre 1891) : « Recrues ! devant le serviteur consacré de Dieu et devant cet autel, vous M’avez juré fidélité. Vous êtes encore trop jeunes pour bien comprendre la signification vraie de ce mot… Vous M’avez juré fidélité, c’est-à-dire que, devenus Mes soldats ; vous vous êtes donnés à Moi, corps et âme. Vous n’avez plus qu’un ennemi, Mon ennemi. Il est possible qu’en ces