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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/18

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REVUE DES DEUX MONDES.

surgir de l’onde ou, plutôt, descendre de l’astre divin qui inondait le rivage de sa clarté magique.

Minola s’arrêta, poussa un cri surhumain ; n’était-ce pas là l’incarnation du rêve si longtemps caressé ? Elle tendit ses deux bras impatiens vers l’être fantastique qui prenait distinctement la forme tangible du cheval blanc si ardemment souhaité. Sa longue crinière soyeuse s’envolait comme l’écume fouettée par le vent et, sous ses sabots d’ivoire, les vagues s’éparpillaient en gouttes de lumière. Toute la Cour s’était rapprochée et regardait, saisie d’étonnement, cette étrange apparition. La bête impétueuse et haletante semblait pétrie de clarté et, dans sa course éperdue, s’avançait droit vers le petit être couronné, qui l’attendait dans l’extase.

Les vagues jaillissaient sous ses sabots avec un mouvement d’ailes quand un dernier bond le fit s’abattre et s’agenouiller presque aux pieds de la petite fille frémissante d’une joie ineffable.

Minola, tremblante d’émotion, posa sa main sur la crinière immaculée du fier coursier, puis, se tournant avec une grâce incomparable vers le vieux comte Organda, elle dit de sa voix la plus câline : « Mon cher chevalier, je vous remercie de tout mon cœur d’avoir ordonné aux cieux et aux flots de la mer d’accomplir ce prodige ; car je vois, en effet, qu’une si merveilleuse créature ne pouvait exister sur terre. Cette nuit certainement votre petite Reine dormira heureuse, puisque son vœu le plus cher s’est réalisé. »

Comme une de ses blanches mouettes, Minola s’enleva légèrement sur le dos satiné du destrier triomphant ; après quoi, aux yeux de la Cour stupéfaite et consternée, elle se perdit à l’horizon sur le sable argenté.i

III

Minola, la petite Reine, vécut des jours de joie intense qui permirent au bon docteur Roone de voir reparaître l’incarnat aux joues délicates de la dolente enfant. Ajoutons que, pendant ce joyeux été, 1’ « opinion publique » fut entièrement négligée, à tel point que la petite Reine en oublia l’existence. Les sémillantes dames d’honneur avaient renoncé sans regret