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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/170

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journée populaire en secouait les germes sur toute l’Europe, jusqu’aux frontières de la Russie : en 1830, les Princes sentirent leurs trônes vaciller ; en 1848, Berlin même et Vienne faisant des barricades, le Habsbourg et le Hohenzollern s’abandonnèrent avec ce fatalisme et ce manque de ressort dont l’histoire d’Allemagne nous offre tant d’exemples. La Diète céda la place au Parlement de Francfort ; les plénipotentiaires des Majestés et des Altesses, aux députés du Peuple : la parole fut donnée à la Nation.

A l’allemande, cette Nation, qui rêvait d’une œuvre française, parla, disserta, philosopha, critiqua durant deux grandes années pleines (mars 1848-décembre 1850). Mais elle ne put découvrir ni une Constitution, ni un Empereur, ni même une Allemagne, — car il y en avait au moins deux, la Grande et la Petite, l’Allemagne des Princes, avec leurs sujets bigarrés de toutes races et de toutes langues, et l’Allemagne de la Nation, l’Allemagne germanisante, de langue et de descendance germaniques, — et jamais le Parlement national ne put se décider sur le choix. De même pour l’Empereur : entre les deux candidats qui pouvaient attirer les suffrages, entre le Habsbourg et le Hohenzollern, le Parlement finit par élire celui qui n’en voulait point et qui préféra demeurer simplement roi de Prusse… Au bout de trente-deux mois, ce fut au tour de la Nation de s’abandonner : elle voyait Paris faire de même et revenir au principe d’autorité. Elle rendit la parole et la décision aux Princes qui ne surent trop comment en user ; alors, s’étant querellés, menacés et même un peu battus, le Habsbourg et le Hohenzollern n’imaginèrent rien de mieux que le retour à cette Confédération de 1815 qui leur laissait à chacun ses libertés présentes et ses chances d’avenir (1850).

L’histoire allemande est pleine aussi de ces renoncemens et de ces impuissances à découvrir l’homme et le système qui conviendraient le mieux aux besoins du moment. Ce peuple de savans ne travaille que sur fiches et ne crée que sur modèles établis : de tout problème résolu par d’autres, il connaît la solution la plus exacte et la toute dernière ; mais un problème nouveau le déroute, tant que la solution ne figure pas encore, comme il dit, dans sa littérature ; il faut que d’autres lui montrent le chemin ; il l’enfile alors scientifiquement, au pas de parade, et ceux-là sont rares, mais grands en Allemagne qui