Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/165

Cette page a été validée par deux contributeurs.
161
L’ÉTERNELLE ALLEMAGNE.

évêques armés ; la Saxe, ce cœur immaculé de l’antique Germanie, s’était ralliée au culte du Christ et de César, dès qu’elle avait constaté que, de ses anciens dieux, « ni Thonar, ni Woden ne lui était plus d’aucun secours. »

Ainsi avait procédé Bismarck, les différences des temps amenant tout de même quelques différences dans les procédés. Ainsi, pareillement, s’était résignée l’Allemagne. Du jour où elle avait constaté que les anciens défenseurs des libertés germaniques, Vienne et Paris, ne lui étaient plus d’aucun secours, elle s’était ralliée au culte du Hohenzollern et au service de Berlin. Bismarck, d’ailleurs, appliquant pour une fois jusqu’au bout sa maxime que « l’affaire doit être avantageuse aux deux parties, » s’était efforcé de la rendre la moins désavantageuse, la plus acceptable qu’il se pouvait pour l’autre partie dont il avait contenté le désir principal.

L’Allemagne depuis 1813 désirait avant tout l’unité : elle venait d’épuiser en de longs siècles d’anarchie toutes les joies du particularisme. Car, après les quatre siècles de l’Ancien Empire (800-1200), secouant le joug de cet Etat à la romaine que, de Charlemagne à Barberousse, quatre dynasties s’étaient relayées à lui imposer, elle l’avait remplacé par une anarchie à l’allemande que, durant les six siècles et demi entre Barberousse et Napoléon, elle avait inlassablement disloquée, mais dont l’expérience et Napoléon l’avaient enfin dégoûtée pour longtemps. Charlemagne, Barberousse, Napoléon, Bismarck : aux quatre tournans décisifs de 800, de 1150, de 1800 et de 1850, ces quatre dieux termes de l’histoire allemande sont plantés pour marquer les quatre étapes de l’unité à la romaine, de l’anarchie à l’allemande, de l’unité à la française et de l’empire restauré.

Entre l’unité à la romaine de l’Empire carolingien et l’unité à la française de l’Empire bismarckien, six siècles de « libertés germaniques » (1250-1850) avaient renseigné l’Allemagne sur les malheurs des peuples divisés. À peine Birberousse avait-il disparu, que le petit-fils de cet illustre Grand-Père, Frédéric II de Hohenstaufen, avait dû promulguer (1281) le Statutum in favorem principum ecclesiasticorum et mundanorum, qui commençait de partager la souveraineté territoriale entre les grands propriétaires. Puis des fantômes d’empereurs, qui s’en allaient de place en place « plumant l’aigle impériale » pour en vendre