Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/159

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


amoureux. Le premier président, accompagné de plusieurs conseillers, alla lui-même à la prison les délivrer avec force excuses, et le valet dénonciateur, dont la conscience, parait-il, n’était pas absolument nette et qui avait, dans son passé, quelques peccadilles à se reprocher, fut envoyé à Toulon, ramer pendant quelques années sur les galères du Roi, pour le punir de s’être mêlé de ce qui ne le regardait pas.

La comtesse ne put résister à l’envie de rester quelque temps à Toulouse, d’y faire admirer sa beauté et d’y parader en princesse de l’Empire. Mais cette vie luxueuse acheva rapidement d’épuiser les ressources du ménage et il fallut bientôt venir reprendre à la Longaigne la vie retirée à laquelle on avait échappé pour un temps.


IV

Ce fut bientôt la misère, misère d’autant plus poignante que, malgré les préventions que devaient faire naître les irrégularités de leur situation, la noblesse albigeoise, moitié bienséance, moitié curiosité, avait repris les relations avec la Longaigne. Le petit hôtel de Rambouillet, auquel présidait Mme de Saliès, dissertait avec passion sur les aventures de la belle princesse allemande. Il fallait donc garder les apparences d’une maison bien tenue, et Marie-Anne de Hohenzollern, réduite, dit-on, à accomplir les plus humbles besognes domestiques, fut obligée parfois, si l’on en croit la légende, à laver elle-même sa vaisselle.

« Quand la misère entre par la porte, — dit la sagesse des nations, — l’amour s’en va par la fenêtre. » Le vieux proverbe se justifia une fois de plus. Les deux amans en vinrent aux reproches mutuels, et, de là aux querelles préliminaires de la rupture complète, il n’y a qu’un pas, qui fut vite franchi.

La comtesse se mit à regretter amèrement sa folle équipée. Lasse de la vie qu’elle menait, lasse de cet homme dont l’amour lui avait fait cette vie, elle aspirait au moment d’échapper à un joug que la passion ne rendait plus supportable. Trop prudente, d’ailleurs, pour se lier à la générosité de son mari, trop fière pour accepter les offres d’asile que lui faisaient sa belle-sœur la princesse de Bade, ou la duchesse d’Arschott sa cousine, elle