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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/157

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Saliès, qui transforma quelques années plus tard leur aventure en un roman où la vérité se mêle, d’ailleurs, le plus souvent, à la fiction, la comtesse fut séduite par la beauté du paysage qui se déroulait sous ses yeux.

« Elle aperçut la plus jolie vallée du monde. La diversité y est merveilleuse : une grande rivière la coupe en deux parties presque égales ; ses bords, extrêmement élevés, semblent des abîmes, mais la nature a réparé ce défaut : elle a planté des arbres tout le long du rivage, qui, s’élevant à une hauteur prodigieuse, cachent ce que ces précipices ont de terrible… La comtesse… regardait avec plaisir que les prairies, les terres et les petits bois, étaient si bien mêlés, qu’il semblait que l’artifice eût fait ce que l’on ne peut attribuer qu’à la nature. Les fontaines coulaient partout avec une abondance et une pureté qui marquaient assez l’excellence de l’air de cet heureux climat. »

Dans ce pays enchanteur, se trouvait précisément à vendre un modeste domaine appelé la « Longaigne. » Situé à une lieue Nord-Est d’Albi, au milieu d’un bois, dans un endroit solitaire, ce petit manoir avait l’avantage d’attirer peu l’attention. Massauve et sa maîtresse réalisèrent quelques pierreries et achetèrent la Longaigne pour la somme de onze mille livres. Ils s’y créèrent un nid à leur convenance et ils vécurent complètement oubliés et dans une quiétude parfaite pendant deux ou trois ans., On raconte que Massauve y fit de nombreux travaux de peinture, et on montrait encore il y a quelques années une salle du rez-de-chaussée qu’il avait décorée lui-même, assez grossièrement d’ailleurs, pour la transformer en chapelle.

Mais bientôt ces paisibles travaux ne suffirent plus à occuper notre gentilhomme, qui, dit Tallemant, « était enjoué et aimait assez la débauche. » Le moment vint où il se lassa de ce bonheur tranquille et chercha des distractions.

La nécessité où ils étaient de se procurer de l’argent en réalisant, au fur et à mesure de leurs besoins, quelques-uns des joyaux qui leur restaient, lui fournissait des prétextes pour s’absenter. Il allait quelquefois à Toulouse, la grande ville voisine, où l’arrivée de ce mystérieux personnage ne manquait jamais de faire une certaine sensation. La retraite profonde dans laquelle vivaient les solitaires de la Longaigne était, en effet, on le croira sans peine, le sujet des préoccupations des