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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/153

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à Nancy, où demeurait son frère cadet avec lequel il s’entendit pour la mise à exécution du projet qu’il avait conçu.

Avec l’aide d’un ami qui entra dans la confidence, ils commencèrent par s’assurer d’un bon carrosse à quatre places et firent préparer des relais à chacune des trente stations de poste qui séparent Cologne de Nancy. Ils ne manquaient pas d’argent. La comtesse, avec qui Massauve entretenait une correspondance suivie, leur en fournissait autant qu’il était nécessaire. De plus, les commandans des diverses places fortes de la frontière, sur le vu de l’ordre dont Massauve était porteur, mirent à leur disposition des escortes échelonnées de distance en distance.

Au moment précis convenu entre les amoureux, les deux frères Massauve arrivèrent à Cologne et leur carrosse passa devant l’hôtel d’Isembourg. On était en plein midi. C’était jour de foire aux chevaux. Dans la ville, régnait une grande animation, et personne ne fit attention à ce carrosse. Aussi, la comtesse, accompagnée de deux femmes de chambre et chargée de tout l’argent et de tous les bijoux qu’elle avait rassemblés, put-elle y monter sans encombre. On fut bien arrêté un instant à la sortie de la ville par la foule, et il y eut un moment d’angoisse. Mais Massauve ne perdit point la tête ; se penchant à la portière, il se mit à crier d’une voix impérative : « Place au carrosse de S. A. I. le duc de Lorraine ! » Et chacun, aussitôt, se rangeant avec respect, les fugitifs reprirent leur course.

Cet enlèvement audacieux, fait en plein jour et en pleine foule, réussit donc parfaitement, et on fut plusieurs heures à s’apercevoir de la disparition de la comtesse. Puis on perdit plusieurs heures encore à la chercher dans l’hôtel d’Isembourg et aux alentours. De sorte que, lorsqu’il fut possible de réunir quelques indices et de s’apercevoir qu’on était en présence d’un enlèvement et que les coupables avaient pris la route de France ils étaient déjà d’autant plus loin qu’ils pouvaient pousser leurs chevaux, étant assurés d’en trouver de frais à chaque relais. Néanmoins, la poursuite fut faite avec tant de vigueur et les carrosses voyageaient si lentement sur les détestables routes de cette époque que, malgré tous les efforts de Massauve, on les rejoignit sur les frontières de Lorraine.

Mais alors les fugitifs étaient sous la protection d’un des