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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/143

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jour, ajoute Ostwald en parlant des peuples qui ne sont pas allemands, les fera participer sous la forme de cette organisation à une civilisation plus élevée. » Sur ce, il précise : « Parmi nos ennemis, les Russes, en somme, en sont encore à la période de la horde, alors que les Français et les Anglais ont atteint le degré de développement culturel que nous-mêmes avons quitté il y a plus de cinquante ans. Cette étape est celle de l’individualisme. Mais, au-dessus de cette étape, se trouve l’étape de l’organisation. Voilà où en est l’Allemagne d’aujourd’hui. » Après quoi, afin que nul n’ignore la tâche que, dans la présente guerre, s’est imposée la nation allemande : « Vous me demandez ce que veut l’Allemagne ? Eh bien ! l’Allemagne veut organiser l’Europe, car l’Europe, jusqu’ici, n’a pas été organisée. »

Cette mission, au surplus, est divine ; ce qui va de soi, puisqu’elle ne tend à rien moins qu’à faire régner sur tous les hommes l’Etat allemand. Dans les Discours à la nation allemande que Fichte prononça à l’Université de Berlin en 1807-1808, il invite déjà ses compatriotes à prendre conscience de la pure essence germanique, afin d’y convertir les autres nations, l’Allemand étant à l’étranger ce que le bien est au mal. « Dieu, dit-il expressément, est en nous, et il accomplit son œuvre par nous. » Depuis, cette assurance a fait son chemin. « Gott mit uns ! (Dieu est avec nous), clamait en chaire au début de cette guerre un prêtre catholique, et les ennemis de l’Allemagne sont les ennemis de Dieu. Notre mission sur cette terre est de détruire les ennemis de Dieu. Personne ne peut vaincre l’Allemagne, parce qu’elle est sous la protection du Seigneur. Que meure la France, que disparaisse l’Angleterre, que soit anéantie la Russie, c’est la volonté de notre Dieu, de notre Dieu allemand. » C’est, avec plus de mesure, la même idée qui est développée dans la lettre pastorale du cardinal von Hartmann, archevêque de Cologne : « Dieu a été et il est avec nos héroïques soldats, à l’Est et à l’Ouest, sur mer et dans l’air. Il a été et il est avec notre peuple allemand, qu’embrasent la détermination de tenir jusqu’au bout et la confiance dans la victoire finale. C’est avec Dieu que nos soldats sont partis pour cette guerre. » Une telle mission est providentielle pour cette autre raison enfin, non moins avérée aux yeux des pangermanistes, que l’élément germanique est répandu bien au-delà des frontières de