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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/123

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ce meurtre dont il accusait les Romains, aux différentes tribus de la Germanie, afin de les soulever toutes ensemble. Frédéric II, l’ami des philosophes, n’était pas pour le désavouer. Dans l’Instruction militaire du roi de Prusse pour ses généraux, il émettait les conseils suivans : « Si on ne peut trouver aucun moyen, dans le pays de l’ennemi, pour avoir de ses nouvelles,… on choisit un riche bourgeois qui a des fonds de terre, et une femme et des enfans ; on lui donne un seul homme, travesti en domestique, qui possède la langue du pays. On force alors ce bourgeois d’emmener le dit homme avec lui, comme son valet ou son cocher, et d’aller au camp ennemi sous prétexte d’avoir à se plaindre des violences qui lui ont été faites, et on le menace en même temps très sévèrement que, s’il ne ramène pas avec lui son homme après qu’il se sera assez longtemps arrêté au camp, sa femme et ses enfans seront hachés en pièces et ses maisons brûlées. » Aussi bien, la plus insigne mauvaise foi a toujours présidé aux manœuvres de la diplomatie allemande. L’Allemand espionne comme il respire. Quant au gouvernement, il ne recule point devant les plus invraisemblables inventions. Guillaume II n’a-t-il pas, récemment, fait répandre dans le monde musulman la nouvelle de sa conversion à l’islamisme sous le nom de Hadji Mohammed Ghilioun !

Ruse et violence, au demeurant, ne sont que les conséquences de la grossièreté foncière du tempérament germanique. « Lichtenberg, note Schopenhauer, compte plus de cent expressions allemandes pour exprimer l’ivresse ; quoi d’étonnant, les Allemands n’ont-ils pas été, depuis les temps les plus reculés, fameux pour leur ivrognerie [1] ? » Le Walhalla est un lieu où les héros morts pendant le combat boivent de l’hydromel dans le crâne de leurs ennemis. Tacite signale le penchant des Germains à la boisson, les longues orgies auxquelles, quand ils ne se battent pas, ils se complaisent. Il n’en va pas différemment à l’époque de la Renaissance. « Répugnant le matin quand il est à jeun, plus répugnant l’après-midi quand il est ivre, il est, dans ses meilleurs momens, un peu au-dessous de l’homme et, dans ses pires heures, il vaut à peine mieux qu’une bête, » c’est en ces termes que, dans le Marchand de Venise, Portia dépeint son prétendant, le jeune prince de Saxe. Malgré

  1. Pensées et aphorismes, trad. Bourdeau, p. 225.