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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/12

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REVUE DES DEUX MONDES,

L’été planait comme une chaude bénédiction sur la nature entière. Mais les joues de Minola pâlissaient, perdaient ces gracieuses couleurs que !’« opinion publique » souhaitait leur voir ; elles devenaient plus pâles que les roses décolorées, plus pâles que les roses fanées sur leur tige par l’ardeur du soleil. Aussi le vieux docteur de la Cour fut-il mandé en consultation solennelle.

Minola aimait ce vieillard à cheveux blancs, car, mainte^ fois, il avait engagé l’impitoyable duchesse de Comandolina d’accorder un peu plus de liberté à la petite Reine, de lui faire voir moins de personnages officiels, de la laisser plus longtemps jouer à l’air et au soleil.

Le vieux médecin déclara, cette fois, que la Reine devait séjourner au bord de la mer, d’autres petites filles de moins haut lignage s’en étant trouvées fort bien, car il s’avouait mentalement qu’une enfant même de sang royal pouvait avoir les mêmes besoins...

C’en est fait, la décision est prise : la reine Minola ira à la mer.

Et ce fut un spectacle merveilleux lorsque, par une matinée ensoleillée, le cortège imposant de la Cour se déroula à travers la vieille cité enclose, joyeusement pavoisée pour la circonstance, jusqu’à la longue route qui mène à la mer. Les gens, en habits de fête, s’entassaient dans les rues et aux balcons d’où ils jetaient des fleurs à leur gente petite Reine montée sur un beau palefroi, toute fière, en tête de sa Cour avec, ouvrant la marche, un jeune page couronné de roses qui portait une bannière : une bannière blanche brodée de trois aigles d’or surmontés d’une couronne. Trois aigles d’or séparés par trois flèches noires comme le jais, telles étaient, en effet, les fières armoiries de la petite Reine solitaire.i Elle s’avançait souriante et pleine de dignité sur son alezan doré, dans sa robe tissée d’or, une guirlande de violettes sur son front, la duchesse Arabella ayant bien voulu reconnaître que la couronne de pierreries eût été trop pesante pour cette jeune tête, durant un long trajet en plein soleil. La petite Reine avait fait bien des concessions à 1’ « opinion publique » en cette belle matinée d’été. Non seulement elle avait remplacé par une robe de brocart lamé d’or la molle soie blanche des jours habituels, elle se tenait encore droite et impo-^