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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/112

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témoigne en faveur du goût éclairé des scolarques : « à raison, disait-il, de sa gentillesse (Zierlichkeit). »

Cette Académie fut, en 1621, érigée en Université et, en même temps qu’elle tint le premier rang parmi les Universités allemandes, elle servit d’avant-poste à l’Université de Paris. Strasbourg était l’étape nécessaire où la jeunesse s’arrêtait pour apprendre la langue et acquérir les manières françaises, avant d’entreprendre le voyage habituel de France. Ce voyage était le complément indispensable de l’éducation. « En ceste ville, disait un maître de langue française, qui enseigna à Strasbourg de 1616 à 1637, Daniel Martin de Sedan, on ne tient conte d’un homme qui n’a rien veu : on l’appelle rostisseur de pommes derrière le fourneau, gardeur de poile ou casanier. » — « Nos jeunes gens, écrivait en 1635 le professeur strasbourgeois Bernegger, ont grand plaisir à se rendre en France. »

Pour les préparer, nous voyons, en 1607, un Genevois, le sieur Bernard, publier à Strasbourg un Tableau des actions du jeune gentilhomme en dialogues, qui constitue un parfait manuel d’éducation française.

Quelques années plus tard (1613), un professeur de l’Académie, J. Clutenius, dans un rapport aux scolarques, signale la résidence de nombreux précepteurs qui s’arrêtent dans la ville pour faire prendre à leurs disciples les manières et ! e langage de France.

Et voici ce que dit le Favus praeceptorum linguae Gallicae, le rayon de miel des précepteurs, publié à Strasbourg en 1622 : « Mon destin m’ayant porté en ces quartiers où nostre langue est autant de requeste que chose qui soit, j’y ai trouvé les esprits ne respirant que l’estude d’icelle… Ce livret servira de phanal et boussole à ceux qui, pour parvenir aux charges et honneurs, s’embarquent sur l’Océan françois ; car, pour l’heure, c’est la route la plus commune, ce chemin est le plus battu, l’herbe croist es autres. » Soyons indulgens aux figures de rhétorique de ce pédagogue, ne retenons que l’état d’esprit qu’il décrit.

La bourgeoisie rivalise avec la noblesse dans ces études. Un pasteur s’écriait avec dépit que, pour être honoré, il faut savoir monter à cheval et parler le français. Voici, du reste, un exemple typique : un steltmeister de Colmar, mort en 1668 et qui a joué un rôle important durant la guerre de Trente Ans, a été célébré en ces termes :