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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/100

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Français, nous devenions par cela même, de plein droit, les serviteurs ou esclaves (servos) de la couronne de France.

Notre véritable seigneur à nous aujourd’hui, c’est la Sainte-Vierge qui est représentée sur les bannières de la ville, les bras étendus pour nous protéger et à laquelle nous vouons nos corps et nos âmes.

Et pourquoi donc ai-je pris en mains de défendre la thèse que nous étions placés jadis sous la domination des Français (ut pristina gallorum dominia defenderem), c’est avant tout par amour de la vérité ; si notre ville se laissait tromper par vos mensonges, on la verrait, pour échapper au danger fictif d’une servitude française, tomber sous le joug du diable, père du mensonge.

Il est une autre raison encore. C’est Dieu qui dispose des dominations. Il n’y a donc pas plus à nier qu’il nous ait placés jadis sous l’empire des Français, que de nier qu’il nous a placés depuis sous l’empire du roi des Romains, d’autant moins que notre véritable seigneur est, nous l’avons dit, la Sainte-Vierge en personne.

Le dernier chapitre intitulé : Erreurs de Wimpheling est peut-être le plus curieux et le plus intéressant pour nous. Après avoir rappelé que Wimpheling a voulu ouvrir les yeux à ces nombreux citoyens qui favorisent la cause française et démasquer ces orateurs demi-Français qui soutiennent les prétentions de la couronne de France, il s’écrie : « Vraiment, il faut se féliciter grandement de vivre à une époque où un seul homme, après avoir détruit la fausse croyance populaire, fait resplendir la pure vérité (veritas prisca refulgeat), » — allusion évidente à la tradition populaire vivace d’un rattachement à la France, tradition que Wimpheling a prétendu extirper.

« Je ne sais pas, ajoute-t-il, s’il mérite vraiment les bonnes grâces de notre cité celui qui accuse ses ambassadeurs de l’avoir trahie. Qu’y a-t-il, en effet, de plus parjure et de plus coupable que l’acte d’un homme qui, après avoir, les mains levées au ciel et la tête nue (selon l’usage des Strasbourgeois), juré fidélité à la ville, souhaite au fond du cœur, par faveur pour les Français, qu’elle soit vaincue, subjuguée par eux. Et voilà ce qu’auraient fait les envoyés de la ville, soit par connivence avec les magistrats, soit par l’imprudence de ceux-ci à les mal choisir. — Ce n’est pas tout. — Jusqu’ici, nous avions