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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/955

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ces périodes d’exercice sont pour le pays une charge très lourde, aggravée par les dérangemens qu’elles entraînent. Nous avons toujours vu les socialistes et les radicaux poursuivre avec une insistance égale la diminution de la durée du service actif et celle des périodes d’exercice des réserves et, par malheur, ils ont obtenu successivement, tantôt l’une, tantôt l’autre. Lorsque la durée du service a été réduite à deux ans, les partisans de la réforme ne cessaient pas de dire que la principale force de notre armée était dans les réserves, et que c’était là qu’il fallait se préoccuper de l’augmenter sans cesse. Il n’y aurait sans doute que deux années de service actif, mais le nombre et la durée des périodes d’exercice feraient compensation, et l’armée y gagnerait au lieu d’y perdre. On a donc fait l’essai du service de deux ans dans ces conditions, mais, au bout de quelques années à peine, on a diminué la durée des périodes d’exercice, de sorte qu’après avoir affaibli l’armée active sous prétexte de fortifier les réserves, on a affaibli les réserves sans chercher ailleurs, cette fois, une compensation. Que devient, avec de pareils procédés, la force finale de notre armée ? Et, nous en sommes bien sûr, ce qu’on a fait dans le passé, on le fera encore dans l’avenir, car les périodes d’exercice pour nos réserves sont aussi odieuses qu’une plus longue durée de service dans l’armée active ; la démagogie trouve autant de popularité malsaine à attaquer celles-là que celle-ci. Quoi que nous fassions d’ailleurs pour nos réserves, elles seront toujours inférieures en nombre à celles des Allemands ; nous ne les fortifierons jamais assez pour établir l’égalité entre les unes et les autres. Il n’est donc pas exact que la force principale de notre armée soit dans les réserves ; elle est dans l’armée active que nous devons rendre d’autant plus solide, résistante et, comme dit M. le Président de la République, instruite, exercée et entraînée, que l’infériorité de nos réserves est un mal irrémédiable.

Quand M. le Président de la République est revenu de Rennes à Paris, il a trouvé la crise ministérielle ouverte. M. Doumergue, qui avait déjà annoncé sa démission urbi et orbi, est venu lui en apporter la notification officielle. Il a donc dû faire un choix nouveau. Pourquoi ce choix s’est-il porté sur M. Viviani ? On en a été, il faut le dire, un peu étonné. M. Viviani a un grand talent de parole et sa personne ne soulève aucune objection ; mais il n’a pas voté la loi de trois ans et, puisque cette loi est aujourd’hui en cause, qu’elle est attaquée et qu’il faut la défendre, il n’était pas particulièrement indiqué pour remplir cette tâche. N’exagérons rien pourtant : M. Viviani a assez de sou-