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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/953

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crudité le programme de Pau, ils éprouveront encore quelques déconvenues du même genre.

La démission de M. Doumergue mettait M. le Président de la République en demeure d’exercer sa prérogative essentielle et de désigner un nouveau président du Conseil. Il a dû éprouver quelques embarras à le faire, car la Chambre nouvelle est encore, au moins dans ses élémens nouveaux, à l’état de nébuleuse. Il y avait toutefois une manière d’en sortir, qui était de tenir moins de compte des partis plus ou moins organisés, des groupes et des sous-groupes, puisque d’ailleurs on connaissait mal leurs limites, et d’envisager en elles-mêmes les questions qui sont posées : elles sont assez graves en ce moment pour qu’on s’en préoccupe avant tout. Quand on a des idées très nettes, très fermes, très arrêtées sur les solutions à leur donner, quoi de plus simple que de faire appel aux hommes qui adoptent ces solutions et sont décidés à en assurer le succès ? La première de ces questions est aujourd’hui celle du service militaire ; il est impossible d’en exagérer l’importance : l’avenir et la vie même du pays en dépendent. On sait comment, pourquoi, dans quelles conditions, sous l’empire de quelles nécessités inéluctables, le service militaire, qui avait été chez nous abaissé à deux ans, a été relevé à trois. La loi une fois votée, il faut s’y tenir, non seulement à cause de ses vertus propres, mais parce que nous serions la risée du monde si nous y portions atteinte, que nous réjouirions nos adversaires éventuels, que nous contristerions et peut-être découragerions nos amis. C’est à la fidélité que la Chambre montrera à la loi militaire qu’on mesurera au dehors l’estime et la confiance, ou le dédain et la pitié qu’on devra éprouver pour nous. La loi militaire prime donc en ce moment toutes les autres, et comme les sentimens de la Chambre à son égard ne peuvent pas sans les plus grands inconvéniens rester dans le vague, il importe qu’elle les manifeste et qu’on les connaisse tout de suite. Telle est sans doute l’opinion de M. le Président de la République. Le jour même de la réunion de la Chambre, il a prononcé à Rennes un discours qui devait avoir et qui a eu un grand retentissement. Parlant au milieu de 3 000 personnes, au banquet de la quarantième fête fédérale de gymnastique, il a fait une allusion émouvante aux désastres de l’année terrible et a continué en ces termes : « Depuis lors, des générations nouvelles sont venues ; elles n’ont connu que les bienfaits de la paix ; elles ne savent rien de la guerre que par les livres ou par les récits des anciens ; mais l’Histoire est là pour leur apprendre que les nations qui s’endorment dans une sécurité apparente se