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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/918

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III. — QUERETARO

Le triste souvenir qu’évoque la ville est en vive opposition avec son aspect riant. Entouré de jardins fleuris et d’une riche campagne, Queretaro est bien un des plus ravissans endroits du Mexique ensoleillé. Une profusion de couleurs variées éclate dans les rues, sur les places ornées de fleurs et de partout se dressent, dans un ciel resplendissant, les flèches blanches des églises et leurs lumineuses coupoles.

Queretaro peut être regardée comme le type d’une ville de la Nouvelle-Espagne. Nulle part la manière andalouse, gaie autant que gracieuse, ne se révèle d’une manière plus frappante. Ce siège déchu des anciens hidalgos ou chevaliers garde encore dans sa décadence un trait de grandeur. Les palais, souvent abandonnés, ont toujours conservé l’empreinte intacte d’une dignité et d’une splendeur disparues.

En effet, l’origine de ce lieu est très aristocratique. Après la conquête de 1531, le Roi le concéda comme récompense à quatre Indiens nobles, avec le titre de Grands d’Espagne et le nom sonore de : caballeros, conquistadores de la villa. De nombreuses maisons particulières qui datent de cette époque ont conservé leur aspect d’autrefois et montrent, au-dessus de leur porte monumentale, les armes de quelque ancienne famille, célèbre dans l’histoire de la ville.

Comme centre de la grande révolution au commencement du siècle dernier, Queretaro gagna beaucoup d’importance. Sous le titre d’une Société des Beaux-Arts, les citoyens mécontens formèrent un groupe ayant pour but de renverser le gouvernement espagnol et de proclamer l’indépendance du pays. Les habitans les plus en vue prirent part au mouvement. Un de ses membres éminens fut la célèbre Josefa Ortiz de Dominguez, dont l’effigie se voit encore sur les pièces de monnaie mexicaine.

C’est à Queretaro que les premiers mouvemens révolutionnaires ont agité les esprits et fait éclater l’émeute. Les écrivains de l’époque ont laissé de longues descriptions de ces temps troublés. Les chefs : Hidalgo, Morelos, Arellaro, nous sont tour à tour représentés comme des héros ou comme de dangereux rebelles. Quoique ces dénominations contraires soient toutes