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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/917

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garnitures de peluche et ses ornemens de fer-blanc, je me rends dans une voiture portant l’inscription : Primero classe. Elle est occupée par des gens plus simples, mais de bien meilleure tenue. Ils peuvent être beaucoup plus pauvres, mais leurs rapports avec autrui témoignent d’une bonne éducation et d’une grande cordialité.

Parmi eux, je trouve des personnes de toutes conditions. On voyage beaucoup dans ce pays ; aussi les compartimens sont-ils toujours pleins. Cependant, tout le monde est de bonne humeur et on s’aide mutuellement avec une parfaite politesse. Tous se saluent et s’offrent immédiatement des provisions de voyage. Quelques paroles aimables, mais sans indiscrétion, sont échangées ; chaque voyageur se sent à l’aise et au milieu de ses semblables.

Les ouvriers indiens, les peons, sont installés dans des voitures à peine mieux pourvues que celles qui sont destinées au transport des bestiaux, sauf qu’il y a plus de longs bancs de bois. Je leur fais de fréquentes visites pour m’entretenir avec ceux qui y voyagent. Outre leur langue maternelle, ils parlent tous espagnol et répondent clairement à mes questions. Ils ne manquent pas d’intelligence, bien que naturellement peu cultivés. Pauvres, ils paraissent contens et joyeux. Leur amour-propre, joint à un sens religieux très développé, les guide et les préserve de bien des erreurs. En les voyant parqués dans ces cages roulantes, j’admire leur patience et leur bonne humeur. Cela me rappelle les trains qui, dans l’Inde, transportent les Kulio, ou mes voyages dans les diverses parties de l’Extrême-Orient.

En considérant à fond cette foule aux membres délicats, à la couleur cendrée, je suis de plus en plus persuadé qu’elle est issue, à l’origine, de la même souche que ces peuples asiatiques. L’affirmation des savans que les Peaux-Rouges du Mexique, enfans de l’Asie, ont quitté leur pays en s’embarquant sur l’océan Pacifique, ou l’autre supposition qu’ils ont émigré par la mer de glace, sont également plausibles. L’essentiel est de savoir qu’ils sortent du même berceau.

Plus le train s’avance sur une voie sinueuse vers Queretaro, plus la campagne devient belle, boisée et fertile. Les champs sont partout bien cultivés et animés de nombreux et magnifiques troupeaux. La contrée est souriante et reflète le bien-être.