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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/912

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l’Amérique du Nord. Dans les wagons, tous prennent place les uns derrière les autres comme dans les omnibus. Dans les célèbres Pullman car, l’installation est encore moins confortable, il faut s’asseoir les uns en face des autres dans le voisinage le plus proche. Mais c’est le soir que la situation devient le plus incommode, quand les sièges sont transformés en lits et que tous les voyagers, jeunes et vieux, hommes et femmes, s’allongent en rangées superposées et que les voitures ressemblent à d’immenses dortoirs.

Ce qui ajoute à l’inconfort des trains, c’est l’importunité des marchands de gâteaux, de boissons et de cigares qui continuellement vous harcèlent. Quant aux conducteurs noirs, on dirait qu’ils veulent se venger sur les malheureux voyageurs de l’injustice faite à leur race. Leur impolitesse et leurs mauvaises manières sont toutefois moins irritantes que l’empressement obséquieux déployé dans l’espoir d’un pourboire.

Par les portières, j’aperçois des steppes comme dans « l’Est » américain, du moins les prairies étendues du Mexique rappellent les pays annexés en 1847. Nulle trace d’habitation, pas même un arbre. Tout au plus, quelques broussailles basses couvrent le sol. La moindre végétation parait desséchée. L’herbe rare est jaune comme de la paille et sous un soleil de feu toute la nature semble brûlée comme sur une planète anéantie.

Le soleil offre la seule consolation sur cette terre déserte, soleil éclatant du tropique qui répand, avec toute sa puissance, dans un ciel sans nuages, ses rayons éblouissans. L’atmosphère est d’une pureté merveilleuse. Nulle part dans l’univers, même dans les régions alpestres, l’air n’est plus clair que sur les hauteurs du Mexique, et, en aucun lieu, Je soleil n’y est plus incontestablement le maître de la nature. Dès les premiers jours de mon arrivée, je.compris le rôle décisif que l’astre éclatant a joué de tout temps au Mexique et parmi ses habitans.

Le train stationne dans ces longs espaces, mais aucune trace de villes ou de villages. Ces haltes aux noms indiens sont très modestes et entourées tout au plus de quelques huttes. La population couverte de guenilles est à demi nue ; mais ces gens ont une douce physionomie et des trais remarquablement délicats ; ce sont des indigènes ou des métis espagnols. La gendarmerie forme un grand contraste parmi cette foule tranquille. Ces gardiens de la paix sur leurs petits chevaux de race sont très