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qu’ils ont payé toutes les dépenses de leur province, y compris celles de l’armée, et satisfait l’avidité de tous les mandarins : ce reliquat est peu de chose. C’était assez cependant, avec le produit des douanes, pour faire vivre l’Etat et la Cour. Brusquement, cette source fut tarie et le Trésor à soc. Le gouvernement de Yuan-Chekai se trouvait donc sans ressources en face de la tâche colossale de la Chine à pacifier et à organiser. Pour ressouder l’unité disjointe, réprimer le brigandage et la guerre civile, il fallait de l’argent, les Puissances étrangères seules pouvaient en prêter à la Chine. Voilà pourquoi la question des emprunts a dominé tout le problème de l’évolution intérieure de la Chine et de ses rapports avec l’Europe, le Japon et les États-Unis.

Les étrangers avaient, au rétablissement d’un gouvernement régulier et durable, un intérêt considérable : il leur fallait sauvegarder un capital d’environ quatre milliards prêté au gouvernement impérial et les entreprises et concessions de toute nature dont ils ont commencé ou préparé l’exploitation. L’ancien régime vivait d’expédiens, d’emprunts onéreux ; une bonne partie de ces emprunts était souvent, en vertu du contrat, employée à des achats de marchandises d’une utilité douteuse. « Lorsque nous étions à Changhaï, rapporte un témoin, quatorze cents mitrailleuses inutilisables, rongées de rouille, y représentaient l’achat forcé à un prêteur [1]. » Le plus clair des revenus de l’empire provenait des douanes très bien administrées par sir Robert Hart et les fonctionnaires européens de son service ; mais le produit des douanes servait à gager sept emprunts et subvenait aux budgets de la Cour, de la Marine et des Affaires étrangères. Au moment où la Révolution éclata, des pourparlers étaient engagés entre le gouvernement impérial, et un consortium de grandes banques anglaises, allemandes, américaines, françaises pour la conclusion d’un gros emprunt. Le premier souci du nouveau gouvernement, personnifié par Yuan-Chekai, fut de reprendre les négociations en vue d’un grand « emprunt de réorganisation » d’un milliard et demi, qui devait servir à remettre sur pied l’administration et l’armée et à aider la République à maintenir Tordre et à résister aux ambitions dangereuses. Tout le développement économique du pays, auquel les étrangers sont

  1. Farjenel, ouv. cité, p. 205.