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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/891

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dans le traité signé à Portsmouth… » En outre les deux parties reconnaissent l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Empire de Chine et s’engagent à y maintenir le statu quo. Ce langage diplomatique signifie que la Russie et le Japon se tiennent réciproquement pour satisfaits de leurs possessions territoriales et ne recherchent, en Asie, aucun agrandissement aux dépens de la Chine ; il est sous-entendu que les deux pays travailleront d’un commun accord à y faire prévaloir leur double influence. L’accord du 4 juillet 1910, tout en confirmant les précédons, et en assurant le respect du statu quo en Mandchourie, fait un pas de plus ; il prépare la coopération amicale des deux gouvernemens pour les chemins de fer à exploiter ou à construire dans les pays dépendant de l’empire chinois, Mandchourie et Mongolie. L’annexion de la Corée à l’Empire nippon proclamée le 24 août 1910 est acceptée sans difficulté par la Russie. La réconciliation est donc complète ; le 28 août 1911, le tsar Nicolas et le mikado Mutsuhito échangent des télégrammes très cordiaux constatant que les dernières questions litigieuses entre les deux pays sont réglées. La coopération commence. En juillet 1912, le voyage à Pétersbourg du prince Katsura prépare l’action commune des deux pays en face de la révolution chinoise. S’il faut en croire les révélations de la presse japonaise, un arrangement aurait été signé en juillet 1912 et délimiterait, entre les deux pays, des zones d’influence séparées du Nord au Sud par le méridien de Pékin, et de l’Est à l’Ouest par une ligne passant par la station frontière de Kouang-tcheng-Se sur le Transmandchourien ; une grande partie de la Mongolie intérieure tomberait ainsi dans la sphère d’action du Japon.

La fin du dramatique malentendu entre la Russie et le Japon a eu en Europe des conséquences considérables : elle a rendu à la Russie la liberté d’action qui a précipité les grands événemens dans la péninsule des Balkans. La France n’a pas manqué de travailler à cet heureux rapprochement, qui assurait la sécurité de ses possessions et de ses intérêts en Extrême-Orient et lui rendait, en Europe, son alliée. L’histoire dira un jour tout ce que la France, dans cette période difficile de son histoire, a dû à la discrète et persuasive influence de notre ambassadeur à Tokio, M. Gérard.

Telle était, au moment où s’accomplissait la révolution chinoise, la situation diplomatique en Extrême-Orient. Des liens