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d’école. Maupassant est l’enfant chéri du naturalisme et Paul Heyse avait le naturalisme en horreur. Je me demande au surplus si la différence de race n’est pas plus apparente encore chez ces deux hommes que la différence d’école. En tout cas, la distance est entre eux aussi grande que possible. Paul Heyse, dont la critique allemande a maintes fois incriminé le latinisme ou le romanisme, n’a presque rien d’un écrivain français. Henri Heine s’était avancé beaucoup plus loin que lui à la rencontre de notre génie national.

Quand on a publié plusieurs centaines de nouvelles, on a forcément butiné ses sujets un peu partout. L’histoire offre au conteur une riche pâture. Paul Heyse en a largement profité. Son sens du passé est très vif. Il excelle à reconstituer les sociétés et les âmes d’autrefois. Son époque favorite n’est pas le Moyen âge proprement dit, mais la Renaissance. D’un fragment de chronique ou d’une simple visite en touriste dans un lieu illustre, le conteur germanique à l’imagination bouillonnante façonne un récit dramatique, touchant et surtout plein de vie ; mais là encore se révèle l’homme du Nord. Les contes de Paul Heyse n’ont pas la simplicité réaliste des meilleurs récits italiens. Ce n’est point par la vérité du trait que cet auteur se distingue. Idéaliste comme étaient la plupart des écrivains allemands de sa génération, il crée des personnages plus beaux que la réalité, plus grands que la nature et dans le bien et dans le mal, mais surtout dans le bien. Pour tout.dire d’un mot, les histoires de Paul Heyse embellissent le train ordinaire des choses jusqu’à paraître peu vraisemblables. On dirait même qu’il joue la difficulté dans ce sens. Ce divin raconteur est si sûr de sa puissance de persuasion qu’un thème l’attire en raison même de ce qu’il a d’exceptionnel.

La tragique aventure de Mme Amthor dans l’Enfant prodigue (1869) montre ce que Paul Heyse a pu tenter et réussir dans ce genre. Mme Amthor a recueilli un jeune homme blessé dans une rixe et qui du reste a tué son agresseur. Soigné par la douce Lisabethli, une fille de Mme Amthor, le blessé s’éprend d’elle. Et quand sa convalescence s’achève, il demande sa main.

Les fiancés qui s’adorent attendent avec impatience le jour des noces, lorsque, à la veille de la cérémonie, Mme Amthor acquiert la conviction que le bandit tué par l’homme qui va