Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/885

Cette page n’a pas encore été corrigée


Que va-t-il faire ? D’abord prendre le vent, louvoyer, assurer sa situation personnelle. La révolution triomphe ; il faut compter avec elle, lui donner des satisfactions ; il sera temps, ensuite, de la canaliser, de la dominer. Le nouveau chef du gouvernement s’abouche avec les chefs de la révolution par l’intermédiaire de Tang-Chao-Y. Le terrain d’entente est facile à trouver : abdication de l’Empereur, fin de la dynastie mandchoue, constitution républicaine. Sun-Yat-Sen et les hommes du Sud tiennent avant tout à délivrer la Chine des Mandchous ; à ce grand objet ils feront de grands sacrifices ; la monarchie détruite, il semble à ces logiciens novices qu’une République s’établira et qu’une République ne peut être qu’un régime de liberté et d’égalité. Yuan accepte ou propose, d’un cœur léger, l’abdication impériale : pour le mandarin chinois qu’il est, quel rôle plus glorieux que de reléguer dans l’histoire du passé la dynastie usurpatrice de ces Mandchous, de ces barbares de la steppe, détestés et méprisés ! Il faut se représenter l’importance d’un tel événement dans l’histoire de la Chine pour bien comprendre la manœuvre de Yuan-Chekai. Quant à la constitution républicaine, on peut toujours l’accepter ; ce n’est qu’un texte mort, sous lequel le plus habile saura glisser la réalité vivante de sa volonté. Sur cette base, l’entente se fait. Les termes de la Constitution sont débattus et arrêtés selon les vues de Sun-Yat-Sen et de ses amis. Il est entendu que si Yuan accepte la Constitution, Sun se retirera devant lui et assurera son élection à la Présidence. Ainsi Yuan aura la satisfaction de fait, Sun la satisfaction de principe.

La Constitution est républicaine et démocratique. Rappelons-en les articles les plus caractéristiques :

Article premier. — La République chinoise est constituée par le peuple de Chine.

Article II. — Le pouvoir souverain, dans la République chinoise, appartient au peuple tout entier.

Article III. — L’autorité de la République chinoise s’étend aux vingt-deux provinces ; à la Mongolie intérieure et extérieure, au Tibet et au Tsinghai.

Article IV. — Le pouvoir, dans la République, est exercé par un Sénat, un président provisoire de la République, des ministres et des tribunaux.

Article V. — Dans la République chinoise, tous les hommes